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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Travailleurs divisés, Capital vainqueur : l’impasse des corporatismes

Au-delà des fausses oppositions entretenues par une partie de la gauche — les racisés face aux non-racisés, les hommes blancs hétérosexuels face aux minorités — et par la droite — les prolétaires de la campagne face aux « assistés » des banlieues —, la division la plus profonde se situe aujourd’hui au sein même du camp des travailleurs.

D’abord parce que les corporatismes ont pris le pas sur la convergence des luttes. Chacun défend son pré carré, son statut, son corps professionnel, au lieu de chercher des points d’appui communs.

Ensuite parce qu’un regard méprisant est porté sur la profession de l’autre, chaque catégorie étant accusée de bénéficier de privilèges spécifiques : les agriculteurs seraient trop subventionnés, les cheminots jouiraient d’un régime de retraite particulier, les enseignants auraient trop de congés, les raffineurs de meilleures primes, et ainsi de suite. Cette mise en concurrence permanente des statuts empêche toute solidarité durable.

Cette fragmentation est renforcée par une atomisation croissante des travailleurs, qui rend les mobilisations collectives de plus en plus difficiles. On peut parler ici d’anomie, au sens développé par Émile Durkheim[1], pour désigner ces situations de dérèglement social, d’absence ou de contradiction des normes communes, où le collectif ne parvient plus à produire du sens partagé.

À cela s’ajoute l’intériorisation du logiciel néolibéral : l’individualisme négatif et le consumérisme ont progressivement supplanté le sens du collectif et de la solidarité. Les travailleurs finissent par adopter les catégories de pensée de ceux qui les dominent, au détriment de leurs propres intérêts.

Dans ce contexte, il n’y a rien d’étonnant à voir Jérôme Bayle déclarer qu’il faudrait cesser les blocages, au motif que les agriculteurs auraient « obtenu ce qu’ils voulaient ». Cette posture est devenue symptomatique des divisions internes et des réflexes corporatistes qui traversent aujourd’hui le monde du travail.

Tant que cette réalité ne sera pas pleinement comprise — à savoir que vaincre le capitalisme néolibéral suppose une union des travailleurs au-delà des différences de statuts et des corporatismes —, les mobilisations resteront fragmentées et les victoires impossibles. Divisés, les travailleurs resteront perdants ; unis, ils redeviendraient une force politique et sociale centrale.

 

Nicolas Maxime


[1] Émile Durkheim, De la division du travail social, PUF, 1893.

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