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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Affaire Nahel : la division comme arme politique

L’affaire Nahel a renforcé l’antagonisme entre deux camps : le premier voit les policiers comme de dangereux cowboys fachos, le second perçoit les jeunes de banlieue comme des racailles sans cervelle. Cette opposition binaire mène droit à l’échec.

Un jeune de 17 ans est mort, un policier sera incarcéré, et la vie des familles, des deux côtés, est brisée. Et que fait-on collectivement ? On se déchire autour de ce fait divers tragique.

Cette mécanique correspond parfaitement à une stratégie néolibérale bien rodée. Dans un premier temps, on organise la diversion par les faits divers et les polémiques sociétales ; dans un second temps, on crée une fracture au sein des classes populaires. Les médias et les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette accélération de la division. Comme le rappelait Pierre Bourdieu, « les faits divers sont des faits qui font diversion »[1].

Pendant ce temps, les milliardaires et la finance mondialisée continuent de s’enrichir, de détruire l’environnement et d’imposer leur domination économique et sociale.

Il existe, bien sûr, des policiers violents, brutaux ou irresponsables. Mais la majorité aspire simplement à faire correctement son travail, dans des conditions difficiles et sous une pression permanente. Assimiler toute une profession à des « fachos » ou à des cowboys revient à une stigmatisation injuste fondée sur quelques dérives individuelles.

De la même manière, certains jeunes de banlieue adoptent des comportements profondément inciviques, reflétant parfois le nihilisme, l’attrait pour l’argent facile et la violence symbolique produits par le capitalisme néolibéral. Mais ces comportements restent le fait d’une minorité. Les généraliser à l’ensemble des quartiers populaires est une erreur majeure. Les réalités sociales sont pourtant connues : un taux de chômage important dans certains quartiers, des logements sur-occupés, dégradés, parfois proches de l’insalubrité, une accumulation de frustrations et d’espoirs brisés.

Penser que le problème réside uniquement dans la police ou dans les jeunes de banlieue, c’est se tromper de combat. L’ennemi structurel reste le même : l’aristocratie financière, appuyée par son nouveau clergé composé d’une partie du personnel politique et des grands médias.

Seule l’union des classes populaires — policiers et jeunes de banlieue, habitants des villages et des quartiers populaires, personnes issues de l’immigration ou non — peut permettre de rompre avec le capitalisme néolibéral. Refuser cette union, c’est, consciemment ou non, servir les intérêts du système dominant.

 

Nicolas Maxime


[1] Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Liber-Raisons d’agir, 1996.

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