Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Certains à gauche se focalisent sur l'aspect sociétal et perçoivent un racisme systémique de l'État envers les jeunes de banlieue ainsi qu’une police constituée d'éléments fascistes. Ils ne se rendent pas compte que les jeunes sont loin d'être tous des anges, que les jeunes caïds sont en réalité des représentants du capitalisme néolibéral (bien que cela ne soit pas conscientisé), par leur nihilisme revendiqué, leur attrait pour l'argent facile, les vêtements de marque et les voitures de luxe. S'il faut chercher des explications sociologiques, notamment parmi les causes sociales, à ces phénomènes de violence et de délinquance tels qu'ils existent ailleurs aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Brésil ou en Afrique du Sud, on ne peut pas chercher des excuses à ces jeunes, ni encore moins légitimer les violences, ou pire, encourager le chaos. En agissant ainsi, on offre un bulletin de vote à Marine Le Pen, qui saisit une fois de plus l'occasion pour engranger des voix supplémentaires.
Quant à la droite, elle continue de rester dans la caricature. Pour elle, la banlieue serait constituée d'une sous-classe d'individus malhonnêtes, dangereux et assistés. La responsabilité serait à chercher du côté des parents, qui n'exerceraient pas leur fonction, quand bien même ces derniers éduqueraient correctement leurs enfants ou seraient en difficulté face à des adolescents intenables (et auraient alors besoin d'une assistance éducative, et non qu'on les enfonce davantage). De même, les réponses proposées sont uniquement sécuritaires, sans aucune prise en compte du volet social (évidemment, puisque selon eux il y aurait déjà trop de social en France). Encore une fois, lorsqu'on observe ce qui se passe chez nos voisins américains ou brésiliens, on peut en conclure que ces solutions, loin de résoudre le problème de fond, sont carrément contre-productives. Sans même évoquer ceux qui sont ouvertement racistes et considèrent que le problème serait « les Arabes et les Noirs », ou celles et ceux qui appellent à autoriser les forces de l'ordre à tirer sans sommation.
On ne parle pas des taux de chômage très élevés dans les banlieues ; on ne voit pas l'insalubrité de logements complètement dégradés et laissés à l'abandon par les bailleurs ; on n'évoque pas les familles monoparentales, de plus en plus nombreuses, dont certaines mères isolées tentent de s'en sortir financièrement en accumulant les petits boulots. On ne dit pas non plus que les communes de banlieue, tout comme celles des zones rurales, concentrent les populations les plus pauvres de France. À droite comme à gauche, la question sociale est effacée au profit des « 4 I » : islam, insécurité, immigration, identité.
De plus, les classes populaires des banlieues en ont assez d'être assimilées à des luttes intersectionnelles antiracistes, à une population vivant des aides sociales ou, pire encore, à de la « racaille ».
Les populations des banlieues sont avant tout des millions de salariés : des ouvriers, des femmes de ménage, des aides-soignants, des assistantes maternelles, des travailleurs sociaux, des employés de grandes enseignes et de grandes surfaces, des salariés de la restauration rapide. Ce sont celles et ceux qui ont tenu la France debout durant la période du Covid, pendant que d'autres, en télétravail, rejoignaient leurs résidences secondaires.
Ce sont, comme les salariés des zones périphériques et rurales, « ces femmes et ces hommes sur qui le pays a reposé et que nos économies récompensent si mal », pour reprendre les mots d’Emmanuel Macron au moment de la crise sanitaire[1].
Ils aspirent à vivre décemment de leur salaire, à obtenir des logements dignes, à disposer de services publics efficients et, pour ceux qui sont au chômage, à retrouver rapidement un emploi. Ce sont exactement les mêmes revendications que celles portées par les Gilets jaunes[2].
Et c'est parce qu'il n'existe aucune réponse à ces demandes que les classes populaires préfèrent majoritairement s'abstenir ou voter pour le RN par contestation.
Les classes populaires se désintéressent totalement des aspirations des bourgeois de gauche et de droite, qui mettent en avant les enjeux sociétaux au détriment de la question sociale. Ces derniers ne veulent pas — et ne peuvent pas — le comprendre, car leurs estomacs sont pleins et qu'ils vivent dans de beaux logements avec des salaires et des retraites confortables.
Que ce soit dans les quartiers nord de Marseille, les ghettos de La Nouvelle-Orléans, les favelas de Rio de Janeiro, la Scampia de Naples ou les bidonvilles de Johannesburg, c'est toujours la misère sociale qui crée les conditions de la délinquance. Pour enrayer durablement cette criminalité endémique, il n'existe pas trente-six solutions : il faut mettre fin au capitalisme néolibéral et le remplacer par un autre système économique, plus juste, plus égalitaire, plus écologique et plus solidaire, permettant à chacun de trouver sa place sans sombrer dans l'opulence la plus indécente.
Nicolas Maxime
[1] Dans son allocution télévisée du 13 avril 2020, en pleine crise sanitaire, Emmanuel Macron a déclaré que « notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal », en évoquant le rôle des travailleurs essentiels révélés par la pandémie.
[2] Liste des 42 revendications des Gilets jaunes, publiée en ligne le 29 novembre 2018 : « Zéro SDF : URGENT », « SMIC à 1300 € net », impôt sur le revenu davantage progressif, fin de la hausse des taxes sur les carburants, retraite à 60 ans, référendum d’initiative citoyenne, protection des petits commerces, indexation des salaires sur l’inflation, services publics renforcés, etc.