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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Crise du logement : l’aveuglement du gouvernement face à une urgence sociale majeure

Christophe Robert (Fondation Abbé Pierre) et Valérie Bédague (Nexity) expriment publiquement leur colère envers le gouvernement. Et il y a de quoi. Les mesures annoncées — doublement du nombre de garanties Visale, extension du prêt à taux zéro, augmentation du budget consacré à l’intermédiation locative — sont totalement insuffisantes et ne permettront en aucun cas de résoudre la crise du logement.

Un Conseil national de la refondation du logement a pourtant réuni l’ensemble des acteurs du secteur : fédérations professionnelles, bailleurs sociaux, associations d’aide aux mal-logés. Des propositions concrètes et ambitieuses ont été formulées afin de sortir durablement de la crise et de permettre à chaque Français de se loger dignement. Mais, comme souvent, le gouvernement n’en a que faire. Le logement n’est manifestement pas considéré comme une priorité politique, alors même qu’il est devenu la première préoccupation quotidienne des Français : parce qu’il est vital et parce que son coût ampute directement le pouvoir d’achat.

Rappelons que près de 25 % du budget des ménages est consacré au logement[1] — davantage encore dans les zones tendues et touristiques — et que l’inflation rend la situation de millions de personnes toujours plus fragile. Rappelons aussi qu’on dénombre environ 4 millions de personnes mal logées et près de 330 000 sans-domicile fixe[2] dans un pays dont le PIB avoisine 2 500 milliards d’euros[3]. Rappelons enfin que 430 000 ménages locataires sont en difficulté de paiement[4], tandis que le gouvernement s’est empressé de faire voter une loi anti-squat accélérant les procédures d’expulsion.

Dans le même temps, près de 3 millions de logements sont vacants[5], la construction de logements sociaux est en chute libre, et dans de nombreuses villes il devient impossible de se loger durablement : une part croissante du parc est détournée vers la location touristique de courte durée, via des plateformes comme Airbnb, au détriment de l’habitat permanent.

Pire encore, le gouvernement préfère s’attaquer aux plus pauvres, en conditionnant le RSA à des activités professionnelles et en durcissant les expulsions. Il ne s’agit même plus d’un manque d’ambition : c’est une incompétence structurelle, sauf lorsqu’il s’agit de se mettre au service des marchés financiers — domaine dans lequel l’exécutif sait faire.

Comment prétendre atteindre le plein emploi si les travailleurs ne parviennent plus à se loger dans les bassins d’emploi ? Faut-il envisager des bungalows, des tiny houses, voire des capsules comme à Shanghai ? Que fait réellement le gouvernement pour réguler les plateformes et mettre un coup d’arrêt aux locations touristiques massives ? Des situations ubuesques se multiplient : des employeurs contraints d’aider leurs salariés à payer des nuits d’hôtel pour qu’ils puissent continuer à travailler.

Combien de sans-abri faudra-t-il encore pour que le gouvernement réagisse ? 500 000 ? 1 million ? La colère est déjà palpable, notamment en Bretagne et au Pays basque, où l’on observe des dégradations de biens immobiliers et des agressions ciblant des propriétaires.

Si rien n’est fait, la crise du logement pourrait déboucher, dans les semaines ou les mois à venir, sur un mouvement social d’ampleur, comparable à celui des Gilets jaunes, ouvrant une crise politique, économique et sociale majeure. Il ne sera alors plus possible de dire que personne n’avait prévenu.

 

Nicolas Maxime


[1] INSEE, Les dépenses de logement des ménages, comptes du logement, édition 2022-2023 : le logement représente environ 25 % de la consommation des ménages, part plus élevée pour les locataires et en zones tendues.

[2] Fondation Abbé Pierre, 28e rapport sur l’état du mal-logement en France, 2023.

[3] INSEE, Produit intérieur brut (PIB) aux prix courants – France, comptes nationaux annuels, données consultables en ligne : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2830547 (PIB français supérieur à 2 600 milliards d’euros en 2022, soit environ 2 500 milliards d’euros arrondis dans le débat public).

[4] Ibidem

[5] En 2023, la France compte 3,1 millions de logements vacants, soit 8,2 % du parc total de logements, selon l’Insee.

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