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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La question sociale avant le sociétal : condition d’un nouveau bloc populaire

François Ruffin a raison d’affirmer que la ligne sociale doit être prioritaire sur le sociétal. Le combat décisif qui s’ouvre concerne le travail, le mal-logement, la répartition des richesses, la souveraineté nationale et populaire, la démocratie, sans oublier le défi écologique, qui déterminera notre avenir collectif.

Depuis les années 1980, le sociétal est devenu le nerf de la gauche, au détriment de la question sociale. Il a même servi de paravent à certains responsables politiques, notamment à gauche, pour se présenter comme progressistes tout en menant des réformes antisociales en silence. Ainsi, François Mitterrand a favorisé la création de SOS Racisme dans un contexte où le Parti socialiste opérait un virage néolibéral à 180 degrés. De même, François Hollande a fait voter la loi sur le mariage pour tous tout en mettant en œuvre, en parallèle, le CICE, un dispositif massivement favorable au capital.

Cette stratégie a produit, sur le long terme, un effet politique majeur : la désertion d’une partie de l’électorat populaire. Se sentant abandonnées, ces catégories ont d’abord basculé vers la droite, puis vers le Rassemblement national, tandis que la gauche était perçue comme prioritairement tournée vers la défense des minorités et des immigrés.

Lorsque l’on ne peut pas se loger dans la ville où l’on travaille, lorsque l’on ne peut pas manger à sa faim, lorsque l’on est au chômage depuis des années et dépendant des minima sociaux, lorsque l’on exerce un métier dépourvu de sens et que l’on frôle le burn-out, les préoccupations liées à la race, au genre ou aux polémiques identitaires sont secondaires. Voilà pourquoi les classes populaires ont déserté les partis de gauche comme de droite, et pourquoi une majorité d’entre elles ne votent plus.

Il faut aussi le dire clairement : ceux qui mettent prioritairement en avant ces thématiques sont, le plus souvent, des bourgeois. Lorsque l’estomac est plein, que l’on dispose d’un logement confortable et d’un emploi épanouissant et bien rémunéré, il est possible de philosopher sur les sujets sociétaux. Quand on est pauvre, la priorité est matérielle : survivre, améliorer ses conditions de vie, retrouver de la dignité.

Bien entendu, la lutte contre les discriminations reste indispensable. Mais elle ne peut se faire au prix d’une fragmentation accrue du corps social. Il s’agit de rassembler, non de cliver.

Le mouvement des Gilets jaunes l’a montré : ce qui peut unir les classes populaires — qu’elles votent Mélenchon, Le Pen ou s’abstiennent — c’est la question sociale. Beaucoup ont identifié leur adversaire principal : le capitalisme financier. Mais une partie d’entre elles refuse de voter à gauche en raison du rejet des thématiques sociétales mises en avant par certains élus.

Oui, il est possible de rassembler un bloc populaire autour du social[1]. François Ruffin l’a compris. Reste à espérer que d’autres le comprendront également, afin de redonner un horizon politique commun aux classes populaires et de renouer avec une tradition de transformation sociale majoritaire.

 

Nicolas Maxime


[1] François Ruffin, Je vous écris du front de la Somme, Les liens qui libèrent, 2022.

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