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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La crise silencieuse des métiers du care

Selon la Fédération hospitalière de France (FHF), 15 000 postes d’infirmiers seraient non pourvus, soit un manque de 5 à 6 % ; environ 5 000 postes d’aides-soignants (2,5 %) ; et près de 30 % des postes de praticiens hospitaliers titulaires[1]. Le secteur du médico-social ne se porte pas mieux, avec 30 000 postes vacants d’éducateurs spécialisés, d’assistants sociaux, de conseillers d’insertion, d’assistantes maternelles ou d’aides à la personne, soit un déficit d’effectifs de près de 10 %[2].

Malgré la prime Ségur de 183 euros par mois accordée aux soignants et aux travailleurs sociaux, les difficultés de recrutement restent majeures[3]. Les professionnels évoquent plusieurs causes : le stress généré par les conditions de travail (horaires décalés, rémunérations peu attractives) ; un public accompagné aux problématiques de plus en plus complexes ; un manque criant de moyens matériels et humains ; et des tâches de plus en plus administratives qui laissent moins de place à l’accompagnement.

Les soignants et les travailleurs sociaux exercent des métiers du lien, portés par la volonté de « prendre soin de l’autre ». Ces professions relèvent souvent de la vocation. Ils demandent avant tout de pouvoir exercer leur métier dans des conditions dignes.

Ils témoignent d’une perte de sens, rendant l’exercice quotidien impossible, et d’un sentiment d’impuissance face à une hiérarchie de plus en plus déconnectée du terrain, quasi exclusivement centrée sur la gestion budgétaire. Mais le plus douloureux reste l’invisibilisation de leurs professions. Pourtant en première ligne durant la crise sanitaire, les professionnels du care ont le sentiment de ne pas être reconnus à leur juste valeur. Il en résulte un turn-over massif : beaucoup quittent rapidement leur poste, certains démissionnent et changent totalement de voie professionnelle.

Les conséquences sont catastrophiques : les urgences de l’hôpital public fonctionnent au ralenti, voire ferment dans certaines villes ; des parents attendent des mois pour une place en crèche ; des mesures de placement d’enfants en danger ne sont pas exécutées faute de personnel ; des enfants et des adultes en situation de handicap, parfois lourd, ne sont plus pris en charge, au désespoir des familles.

Depuis des années, les services publics sont soumis à une logique de rationalisation visant à minimiser les coûts. Ce processus détruit les services de proximité et annihile les relations humaines et sociales. Le gouvernement connaît parfaitement la situation, mais se contente de poser quelques pansements ici ou là pour retarder l’effondrement du système hospitalier et du secteur médico-social.

Soigner, accompagner, éduquer, insérer… à quoi cela sert-il ? Ne serait-ce pas un « gaspillage d’argent public » ? Pour les néolibéraux, le care représente avant tout un coût budgétaire, non rentable pour les adorateurs du « dieu marché ». Les professionnels du lien sont ainsi perçus comme des improductifs.

Et pourtant, rien ne démontre mieux leur utilité que le travail qu’ils accomplissent chaque jour. En soignant, en accompagnant, en réparant, ils préviennent des drames humains et évitent, par là même, des coûts sociaux et économiques bien plus élevés.

Mais comment faire entendre cela à des décideurs dont la grille de lecture est exclusivement financière et dépourvue de toute considération pour autrui ?

 

Nicolas Maxime


[1] Le Parisien,  Hôpital : 50 % des soignants ne recommanderaient pas leur métier, selon une étude, 1er février 2023.

[2] ASH – Actualités Sociales Hebdomadaires, Crise des métiers : environ 30 000 postes vacants dans le secteur privé non lucratif, 2022.

[3] Le Média Social, Ségur de la santé et du social : qui a droit aux revalorisations salariales, dossier juridique mis à jour au 22 juin 2022.

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