Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
L’idole des néolibéraux et d’Emmanuel Macron reste Milton Friedman, figure centrale de l’école de Chicago et théoricien majeur du néolibéralisme. Son projet est clair : réduire l’État à un simple prestataire de services au profit des marchés financiers, subordonner les politiques publiques aux intérêts du capital et faire de la concurrence le principe organisateur de l’ensemble de la société.
Présenté comme un grand défenseur des libertés, Friedman ne défend en réalité que celles des propriétaires, des investisseurs et des plus riches. Dans sa vision, la liberté économique prime sur toute autre considération, y compris la démocratie, l’égalité ou la justice sociale. L’État social, les services publics, la protection collective du travail ou la redistribution sont perçus comme des entraves à l’efficacité du marché[1].
Cette conception purement marchande de la liberté ne l’a jamais empêché de conseiller des régimes autoritaires. Friedman a ainsi soutenu la dictature chilienne d’Augusto Pinochet, à qui il prodiguait des recommandations pour libéraliser brutalement l’économie après le coup d’État de 1973. Peu importaient la répression, la torture ou la disparition des opposants : l’essentiel était que le marché soit libre. Il adopta une posture comparable à l’égard de la Chine, saluant certaines réformes économiques tout en minimisant la nature autoritaire du régime.
Le paradoxe n’en est pas un : pour Friedman, la démocratie n’est jamais une condition préalable à la liberté économique. Elle peut même devenir un obstacle lorsqu’elle freine les « réformes » nécessaires. Cette logique a ouvert la voie à ce que plusieurs chercheurs ont appelé le capitalisme autoritaire, où l’État fort est mobilisé non pour protéger la population, mais pour imposer les exigences du marché contre la société.
Ce logiciel idéologique irrigue encore aujourd’hui les politiques contemporaines : privatisations, austérité budgétaire, affaiblissement des droits sociaux, mise en concurrence des services publics, dépendance accrue des États aux marchés financiers. Loin d’être un accident ou une dérive, cette orientation constitue l’héritage direct de Friedman et de l’école de Chicago.
Derrière le discours sur la liberté se cache ainsi une autre réalité : la liberté du capital contre la souveraineté populaire, et un État réduit à garantir les conditions de la rentabilité, y compris au prix de la contrainte sociale et politique.
Nicolas Maxime
[1] Milton Friedman, Capitalisme et liberté, University of Chicago Press, 1962.