Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Malheureusement, cette réforme des retraites a de très bonnes chances d’être votée. Et si ce n’est pas le cas, le gouvernement la fera passer en force via l’article 49.3. La seule issue serait le retrait pur et simple de la réforme, mais cela supposerait un soutien populaire massif entraînant un véritable blocage du pays. Or, après avoir subi les restrictions liées au Covid et l’impact de l’inflation sur leurs salaires, les travailleurs français sont-ils prêts à consentir à un tel sacrifice ? Le doute est permis.
De toute manière, moins la mobilisation sera forte, plus le gouvernement sera enclin à faire voter des réformes antisociales. Car Emmanuel Macron et son entourage ont, à l’évidence, d’autres « idées lumineuses » qu’ils tenteront de traduire en réformes structurelles : conditionnement du RSA à des activités professionnelles (à venir), suppression des 35 heures, régionalisation du SMIC, instauration d’un SMIC jeunes, contrat unique d’embauche, création de jobs précaires sur le modèle des mini-jobs ou des contrats zéro heure, universités payantes, privatisation partielle de l’éducation et de la santé, ouverture du capital à la Bourse de la SNCF et de La Poste…
Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les think tanks comme l’Ifrap ou l’Institut Montaigne, ou mieux encore les cabinets de conseil comme McKinsey : ils ont le savoir-faire, eux.
Pour Emmanuel Macron, la mission est encore loin d’être terminée. L’objectif est double. D’une part, il entend incarner le grand réformateur néolibéral que la France n’aurait jamais connu, à l’image de Margaret Thatcher au Royaume-Uni ou de Gerhard Schröder en Allemagne, quitte à appauvrir une partie de la population et à creuser durablement les inégalités sociales et économiques. D’autre part, il s’agit de satisfaire ceux qui ont rendu possible son élection : la nouvelle aristocratie composée des milieux financiers, des multinationales et des ultra-riches.
Dans cette perspective, la réforme des retraites n’est pas une fin en soi mais un jalon. Elle sert de test politique et social : mesurer la capacité de résistance de la société, tester l’acceptabilité du passage en force et ouvrir la voie à une série de transformations plus profondes encore. Si ce cap est franchi sans réaction à la hauteur de l’enjeu, alors le reste du programme pourra suivre.
Dans ce cas, aux yeux de ses soutiens et des marchés, la mission sera accomplie.
Nicolas Maxime