Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Au-delà de toutes caricatures et de postures idéologiques, le cas Olivier Dussopt est un véritable cas d’étude pour quiconque cherche à analyser le profil psychologique des responsables politiques.
Comment un élu du Parti socialiste, issu des classes populaires, proche du courant d’idées de la « première gauche », c’est-à-dire d’une ligne davantage socialiste que sociale-libérale, a-t-il pu évoluer vers le macronisme, autrement dit vers la droite libérale ?
Que s’est-il passé entre la question posée le 4 mai 2010, où Dussopt s’attaquait avec véhémence à la réforme des retraites mise en œuvre par Nicolas Sarkozy[1], et aujourd’hui, où le même Olivier Dussopt, devenu ministre du Travail d’Emmanuel Macron, met en œuvre une réforme quasiment identique treize ans plus tard ?
S’agit-il du même Olivier Dussopt qui déclarait lors d’une interview en 2012 qu’il ne pourrait jamais être de droite[2] ?
On pourrait en conclure qu’Olivier Dussopt a simplement changé. C’est probable, mais là encore, c’est bien trop simpliste. Il est même probable qu’en ayant étudié la faisabilité de la mise à contribution des revenus du capital ou la suppression de certaines niches sociales, il sache pertinemment que les alternatives à cette réforme sont tout à fait viables d’un point de vue économique. D’autant plus qu’en 2017, il vote contre le budget présenté par le gouvernement Philippe avant d’intégrer ce même gouvernement comme ministre des Comptes publics, afin de défendre précisément le budget contre lequel il s’était opposé… six jours auparavant.
Pour un drogué, il faut toujours plus de drogue. Un financier aura toujours besoin de faire fructifier son patrimoine et d’accumuler davantage d’argent. Un politicien, lui, a toujours besoin de gravir les échelons du pouvoir : c’est sa came, quitte à faire l’impasse sur les idées qu’il a pourtant longtemps défendues. Un poste ministériel, ça ne se refuse pas. Les convictions des uns et des autres n’ont alors plus grande importance dans un monde politique où l’essentiel consiste d’abord à prendre une place.
Olivier Dussopt incarne ainsi à la fois l’opportunisme et le cynisme d’un monde politique profondément déconnecté des masses populaires.
Nicolas Maxime
[1] Intervention d’Olivier Dussopt contre la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy (2010) – Assemblée nationale, séance du 4 mai 2010, discussion sur la réforme des retraites. Compte rendu officiel : https://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2009-2010/20100176.asp.
[2] « …Pour lui, être de gauche, c’est "traduire une colère, ne pas se contenter de l’ordre établi. C’est pour ça que je suis au PS : changer pour améliorer. Être de droite ? C’est inimaginable" — expliquait‑il au Lab à l’époque (2012).