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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Le capitalisme de la rente contre le travail

Chaque jour, on consulte les offres d'emploi et c'est la même rengaine : « recherche un ouvrier du bâtiment », « recherche une infirmière ». Autour de nous, on entend qu’un tel ou un tel a démissionné de son poste d’enseignant ou de travailleur social. Ou pire, on apprend qu’un agriculteur, surendetté, a mis fin à ses jours.

On assiste à une véritable crise du travail dans les métiers essentiels : agriculteurs, ouvriers, artisans, enseignants, soignants, travailleurs sociaux… Les causes sont identifiées : perte de sens, rémunérations trop faibles, pénibilité (horaires décalés, week-ends travaillés, charge mentale et physique intense), sans compter le déséquilibre démographique et géographique, puisque ceux qui partent à la retraite ne sont pas remplacés et que les déserts médicaux s’étendent.

Pour certains métiers, notamment dans l’enseignement, le soin et le travail social, cette situation crée un cercle vicieux. Moins il y a de personnel, plus la charge de travail augmente pour ceux qui restent, ce qui provoque des burn-out et de nouveaux départs. On estime à plus de 3 000 postes non pourvus aux concours chaque année dans l’enseignement[1], à un manque d’environ 100 000 infirmiers[2], et près de 10 000 fermes disparaissent chaque année faute de repreneurs[3].

On va dire que les jeunes sont des fainéants ou qu’ils n’ont plus envie de rien faire. Or, les jeunes agissent de manière rationnelle. Le capitalisme est une idéologie de la rente, il s’agit de maximiser le profit. Pourquoi se sacrifier pour des emplois déconsidérés et mal payés ? Ces jeunes se tournent vers l’autoentrepreneuriat, les « bullshit jobs »[4] ou rêvent de devenir influenceurs. Ils veulent gagner de l’argent plus facilement sans se casser le cul.

Il serait toutefois injuste de réduire toute une génération à cette image caricaturale. De nombreux jeunes s’engagent encore dans des métiers essentiels, dans l’agriculture, le soin, l’enseignement, l’artisanat ou le travail social, souvent par conviction ou par vocation. Mais ces engagements reposent de plus en plus sur des sacrifices personnels considérables. Lorsque ces jeunes s’épuisent ou se reconvertissent, ce n’est pas par manque de volonté, mais parce que les conditions matérielles ne leur permettent plus d'exercer durablement ces métiers.

Peut-on bâtir une nation avec uniquement des traders, des consultants en stratégie, des CEO de startups inutiles, des spéculateurs et des influenceurs ? Une société peut-elle survivre sans agriculteurs, ouvriers, artisans, enseignants, soignants et travailleurs sociaux ? La réponse est évidemment non. Car on ne mange pas des algorithmes, on ne soigne pas avec des placements financiers, on n'éduque pas avec des placements de produits sur Instagram, on ne bâtit pas des logements avec des vidéos YouTube et des photos Instagram.

C’est l’agonie du capitalisme. Une civilisation occidentale en phase terminale, piégée par ses propres contradictions, qui n'arrête pas de mettre en avant la « valeur travail » tout en détruisant méthodiquement le travail concret au nom de la rente.

 

Nicolas Maxime


[1] Ministère de l’Éducation nationale – 3185 postes aux concours enseignants non pourvus en 2024 (rapport ministériel, 9 juillet 2024).

[2] Euronews, France : chaque année, environ 10 000 fermes ferment faute de repreneurs, 28 février 2025.

[3] CFDT Santé-Sociaux, En France, il manque environ 100 000 infirmiers pour couvrir les besoins en soins, 27 février 2023.

[4] Le bullshit job est une expression anglaise qui se traduit généralement par « travail inutile » ou « emploi à la con ». Il se caractérise par un emploi qui ne sert à rien, où la personne qui l’exerce peut ressentir de la frustration ou une forme d’aliénation. En d’autres termes, le salarié n’aurait pas l’impression de contribuer activement à la société, car son travail et ses tâches quotidiennes en entreprise sont vides de sens. David Graeber, Bullshit Jobs, Les liens qui libèrent, 2018.

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