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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Taxer les milliardaires ne suffira pas : le vrai problème, ce sont les règles du jeu financier

On voit pas mal de monde, dans les cortèges ou sur les réseaux sociaux, demander qu’on taxe les milliardaires pour combler le déficit du régime des retraites. Effectivement, le taux moyen d’imposition des 340 familles les plus riches est d’environ 2 %[1], grâce à l’optimisation fiscale, tandis que les classes populaires et moyennes supportent en moyenne près de 45 % de prélèvements entre impôts et cotisations sociales[2]Il s’agit d’une injustice majeure qui remet en cause le consentement à l’impôt et rétablit de fait les privilèges abolis lors de la Révolution française.

Cependant, taxer les milliardaires ne servirait pas à grand-chose si l’on ne change pas les règles du jeu. Cela reviendrait à remplir un panier percé. Les ultra-riches échapperont toujours à l’impôt tant que les règles seront écrites par et pour les marchés financiers. C’est comme jouer au poker face à des adversaires qui reçoivent en permanence les meilleures cartes : le problème n’est pas seulement social, il est structurel.

Depuis les années 1970, les marchés financiers ont pris le dessus sur les États. Les milliardaires s’enrichissent principalement par la valorisation de leurs actifs financiers (actions, obligations, produits dérivés), bien plus que par le travail. Ils disposent d’une armée de conseillers financiers et juridiques, mais aussi de la bienveillance des États, qui ont multiplié les politiques de dérégulation et de décloisonnement de la finance afin de favoriser l’accumulation du capital.

Tout ce qui s’est produit depuis quarante ans — privatisations, baisses d’impôts sur le capital, exonérations de cotisations sociales, flexibilisation du marché du travail, affaissement et externalisation des services publics — n’est pas le fruit du hasard. Ce sont les conséquences directes de l’emprise des marchés financiers sur les gouvernements, devenus de simples prestataires de services pour les intérêts financiers.

Bien entendu, les ultra-riches doivent être davantage taxés et contribuer équitablement à l’effort collectif. Mais cela suppose, avant toute chose, que les États-nations reprennent le contrôle sur la finance, notamment en :

  • séparant les banques de dépôt et d’investissement ;
  • revenant sur l’indépendance absolue des banques centrales afin de permettre une politique monétaire au service de l’intérêt général ;
  • reconstituant le circuit du Trésor, en autorisant le financement direct de l’État par la banque centrale ;
  • réinstaurant une planification économique et en renationalisant les secteurs stratégiques et les monopoles publics ;
  • restaurant le contrôle des capitaux et en mettant fin à l’optimisation et à l’évasion fiscales ;
  • interdisant les pratiques financières les plus spéculatives : trading à haute fréquence, titrisation excessive, produits dérivés toxiques comme les Credit Default Swaps (CDS)[3], vente de gré à gré et cotation continue.

Cela implique également une remise en cause des traités européens, car l’Union européenne est avant tout une architecture juridique et institutionnelle conçue pour garantir la libre circulation des capitaux et la primauté des marchés financiers. Pour que les milliardaires paient réellement leur juste contribution, il faudra d’abord mettre fin à la soumission des États et reprendre la main sur la finance.

 

Nicolas Maxime


[1] Gabriel Zucman, Emmanuel Saez & Gabriel Chancel, Taxing the Rich: Evidence from France, 2022, https://gabriel-zucman.eu/files/SCZ2022.pdf.

[2] Thomas Piketty, Camille Landais, Emmanuel Saez, Pour une révolution fiscale, Seuil coll. La République des idées, 2011..

[3] La BRI définit les CDS comme des contrats dérivés de crédit permettant à un acheteur de se protéger contre le risque de défaut d’un émetteur.

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