Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je suis éducateur spécialisé depuis 2009. Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu profondément critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, Jean-Claude Michéa, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Naomi Klein...

Attaque États-Unis/Israël en Iran : la déflagration morale de l’Occident

Le samedi 28 février 2026, les forces américaines et israéliennes ont frappé l’Iran. L’opération militaire, nommée Fureur épique côté américain et Cœur de lion côté israélien, s’inscrit dans une offensive d’ampleur menée conjointement par les États-Unis et Israël contre plusieurs villes iraniennes, dont Téhéran, Ispahan et Karaj. Une frappe a d’abord touché une école primaire de filles à Minab, faisant état, à l’heure actuelle, de 148 pertes civiles. Mais le tournant décisif est l’annonce du décès du guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, tué lors d’une frappe ciblée sur ses bureaux dans la capitale. Plusieurs hauts responsables ont également été tués. Un conseil de direction intérimaire a été instauré en urgence afin d’assurer la continuité du pouvoir dans un contexte de chaos et de guerre ouverte.

Depuis ce matin, une nouvelle phase baptisée « Cœur de Téhéran » vise directement les structures de commandement et les systèmes de défense liés aux Gardiens de la Révolution. L’Iran n’est pas resté sans réponse et a riposté par des frappes de missiles contre Israël et des attaques visant des infrastructures militaires américaines dans le Golfe, ce qui a provoqué la paralysie des grands hubs aériens régionaux et la fermeture du détroit d’Ormuz. Cela pourrait à terme déboucher sur une grave crise énergétique mondiale.

À l’intérieur même de l’Iran, la situation devient explosive. Tandis que d’immenses rassemblements de deuil se tiennent à Téhéran, certaines scènes de liesses ont également été signalées dans plusieurs villes. Qu’on soit clair. Loin de défendre le régime des mollahs, autoritaire et contesté par une partie importante de sa propre population, l’histoire récente montre néanmoins qu’aucune intervention militaire étrangère n’a jamais produit la démocratisation ou la pacification promise. Bien au contraire. Sous les bombes, les sociétés attaquées tendent soit à se rallier au pouvoir en place par réflexe de défense de la Nation contre les puissances étrangères, soit à s’effondrer dans des guerres civiles prolongées, scénarios déjà observés après les interventions en Irak, en Syrie ou en Libye. Dans tous les cas, cette opération risque de déstabiliser davantage le Proche-Orient et de précipiter la région dans un nouveau chaos.

Donald Trump, qui s’était présenté comme un président non-interventionniste opposé aux « guerres sans fin », était déjà intervenu, en début d’année, au Venezuela en capturant Maduro. Il se révèle aujourd’hui agir dans la continuité directe de ses prédécesseurs, et adopte désormais la posture d’un néoconservateur zélé aligné sur les faucons de Washington et leur doctrine fondée sur l'escalade militaire.

Cette attaque en Iran constitue ainsi une véritable déflagration morale de l’Occident lui-même : une politique de puissance portée par une logique d’intervention permanente, où la guerre devient un instrument ordinaire de gestion du monde. Il s’agit, en réalité, d’un nihilisme stratégique, déjà décrit par Emmanuel Todd, où l’on prétend défendre un ordre international tout en détruisant les conditions mêmes de sa stabilité[1].

Car on ne peut pas s’imaginer que cette attaque n’aura pas des conséquences planétaires : choc énergétique, déplacements massifs de populations, radicalisations politiques et affrontements indirects entre grandes puissances ; conséquences qu’à terme devra payer l’Occident et sa population. L’histoire récente devrait pourtant avoir appris une chose essentielle aux puissances occidentales : on ne reconstruit jamais une société sur les ruines qu’on a soi-même provoquées.

 

Nicolas Maxime


[1] Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, Gallimard, 2024.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article