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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Quand l’anti-antisémitisme risque de déboucher sur de l’antisémitisme

On peut reprocher beaucoup de choses à Jean-Luc Mélenchon : son tempérament excessif, certaines ambiguïtés stratégiques, une communication parfois contre-productive, et à La France insoumise d’être composée de membres parfois complètement à côté de la plaque. Mais le procès permanent en antisémitisme qui lui est intenté est sans doute ce qu’il y a de plus diffamant. D’autant plus qu’il dure depuis des années et ressurgit désormais à la moindre controverse verbale.

Parce que Mélenchon a ironisé sur la prononciation du nom Epstein, en prononçant d’abord « Epstein », puis en disant ensuite avec ironie « Epstine », dans une critique visant selon lui la russophobie assumée de certains médias, une tempête politico-médiatique s’est immédiatement déclenchée. Tous les médias, de Mediapart au Figaro, et de nombreux politiques, de Marine Tondelier à Jordan Bardella, ont aussitôt repris l’accusation d’antisémitisme contre le leader insoumis.

À vrai dire, voilà encore une polémique largement fabriquée par le système médiatique. Car à force de lire certains débats à travers le seul prisme de l’identité juive, certains commentateurs contribuent involontairement à essentialiser cette question. Voir de l’antisémitisme partout finit alors par produire l’effet inverse puisqu'on projette une identité là où elle n’avait pas lieu d’être, en enfermant les individus dans des catégories et en surinterprétant certains éléments — par exemple lorsque certains ont cru voir, dans une affiche représentant Cyril Hanouna, des intentions ou des codes antisémites jusque dans des traits physiques comme le nez, révélant ainsi davantage le regard de celui qui accuse que l’intention supposée de celui qui est accusé.

Pire encore, cette inflation accusatoire nourrit mécaniquement la défiance populaire. Une partie de la population finit par croire qu’existerait une protection particulière accordée à certaines élites, thèse complotiste déjà exploitée depuis longtemps par des figures comme Alain Soral, dont les discours trouvent ainsi un terrain favorable.

Le pire étant que certains des plus fervents thuriféraires de cette chasse permanente à l’antisémitisme sont souvent les mêmes qui dénoncent par ailleurs l’indignation morale du « wokisme », tout en en reproduisant exactement les mêmes schémas : disqualification morale immédiate, procès d’intention et impossibilité d’avoir un débat serein. Autrement dit, l’usage politique permanent de l’accusation d’antisémitisme peut produire l’effet inverse de celui recherché : banaliser l’accusation, décrédibiliser la lutte réelle contre la haine antisémite et alimenter les fantasmes qu’elle prétend combattre.

L’anti-antisémitisme risque ainsi de déboucher sur de l’antisémitisme car il risque de transformer une lutte nécessaire en instrument polémique et, paradoxalement, de nourrir ce qu’il prétend empêcher.

 

Nicolas Maxime

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