Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Au lieu d’évoquer les notions de valeur travail et de droit à la paresse, qui peuvent être contestables et ambiguës, il aurait mieux valu parler de droit au travail et de droit au temps libre.
Le droit au travail est l’un des droits de l’homme proclamé à l’article 23 de l’Organisation des Nations unies de 1948, dans la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage »[1].
Aujourd’hui, malgré le Code du travail, les conventions collectives, le droit à la Sécurité sociale et l’assurance chômage, force est de constater que le droit au travail n’est que partiellement garanti. Il est même remis en question par les récentes réformes, telles que les lois Travail et la réforme Pénicaud de l’assurance chômage. Pour rendre ce droit effectif, plusieurs mesures pourraient être mises en place :
— l’instauration d’une garantie d’emploi, permettant à chaque personne privée d’emploi d’accéder à un travail rémunéré au SMIC ;
— la mise en place d’une sécurité sociale professionnelle, assurant la continuité des droits indépendamment du contrat de travail et garantissant un revenu lors des périodes de formation ou de reconversion ;
— la création d’un véritable statut pour les micro-entrepreneurs et travailleurs indépendants, leur ouvrant l’accès aux mêmes droits sociaux que les salariés ;
— une augmentation du SMIC et des salaires, condition indispensable pour permettre à chacun de vivre dignement de son travail.
Ces mesures pourraient constituer un prélude à la proposition de Bernard Friot autour du salaire à vie, selon laquelle chaque individu percevrait un salaire en fonction de sa qualification personnelle, indépendamment de l’emploi occupé[2].
Le droit au temps libre est, quant à lui, une revendication historique de la gauche socialiste. Le temps libre apparaît d’abord comme un temps libéré du travail. Il importe avant tout de se soustraire aux contraintes de l’activité professionnelle pour obtenir du repos et pouvoir se consacrer au développement de ses aptitudes proprement humaines, autrement dit aux loisirs, à la culture, à la vie familiale ou à l’engagement associatif.
Le Front populaire a posé les bases de ce droit avec l’instauration des congés payés et de la semaine de quarante heures[3]. Aujourd’hui, une nouvelle politique du temps libre pourrait être envisagée à travers différentes mesures : la semaine de quatre jours, un congé sabbatique régulier et/ou un abaissement de l’âge de départ à la retraite.
Le droit au travail et le droit au temps libre ne s’opposent pas. Ils sont au contraire complémentaires et constituent deux piliers d’un même projet d’émancipation. La gauche les a historiquement portés et peut continuer à les revendiquer avec fierté.
Nicolas Maxime
[1] Organisation des Nations unies, Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale le 10 décembre 1948, article 23. Texte officiel disponible sur le site de l’ONU.
[2] Bernard Friot, L’enjeu du salaire, La Dispute, 2012.
[3] Le Front populaire en 1936 a permis d’inscrire dans la loi, notamment, la réduction du temps de travail à 40 heures par semaine et l’instauration des deux semaines de congés payés (lois des 20‑21 juin 1936).