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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Pourquoi la diabolisation de l’extrême droite conduit la gauche dans l’impasse

À gauche, après trois défaites aux élections présidentielles — 2002, 2017 et 2022 — dont deux consécutives (en partant de l’hypothèse que le Parti socialiste est un parti de gauche), l’extrême droite continue d’être désignée comme l’ennemi principal. Cette stratégie n’est pas seulement un échec en France : elle l’est dans la plupart des pays développés.

Ainsi, la Suède s’oriente vers un gouvernement issu d’une coalition entre la droite et l’extrême droite, et l’Italie se prépare à voir la très droitière Giorgia Meloni accéder à la présidence du Conseil. Partout, la diabolisation des partis d’extrême droite par la gauche apparaît comme un échec politique. Comme l’a montré Thomas Piketty, l’électorat populaire s’est largement détourné de la gauche pour se diriger vers le vote d’extrême droite, tandis que la gauche attire désormais principalement les catégories les plus diplômées et certaines minorités[1].

Les causes sont en grande partie structurelles. Les partis sociaux-démocrates, pour la plupart convertis au néolibéralisme, ne sont plus perçus comme les représentants de l’égalité et du monde du travail, mais comme les défenseurs prioritaires des minorités et des immigrés. Le discours autour de l’intersectionnalité, porté par certains responsables politiques et militants de gauche, s’avère largement inaudible et a accentué le rejet d’une partie des classes populaires, notamment dans les zones rurales et périphériques. Dans son ouvrage Ceux qui restent, Benoît Coquard décrit ainsi des jeunes vivant dans le Grand Est, sensibles aux discours d’égalité sociale et de lutte des classes, mais rejetant la gauche, perçue comme naïve ou déconnectée des réalités populaires[2].

Les partis de gauche modérée, et même de gauche radicale, peinent désormais à s’adresser aux classes populaires, qui se reconnaissent davantage dans le récit porté par l’extrême droite autour du déclassement et du sentiment d’abandon. La diabolisation constante de ces mouvements nationalistes et identitaires renforce paradoxalement leur ancrage, les électeurs concernés ayant le sentiment d’être méprisés ou caricaturés comme des « beaufs racistes ». Plus encore, lorsque des responsables de gauche dressent des constats similaires sur le travail, l’immigration, la sécurité ou l’Union européenne — sans nécessairement défendre les mêmes solutions — ils sont rapidement assimilés à l’extrême droite.

L’extrême droite apparaît ainsi moins comme une cause que comme un symptôme : celui de la destruction progressive du commun à l’œuvre depuis plus de quarante ans de politiques d’inspiration néolibérale — dépossession du travail, chômage de masse, désindustrialisation, affaiblissement des services publics, remise en cause des droits sociaux. Elle n’est pas la maladie, mais le produit de ce contexte.

Le Rassemblement National n’est qu’un parti néolibéral dont la différence sur le plan économique et social avec Emmanuel Macron ne tient qu’à une feuille de papier. Plutôt que de concentrer l’essentiel de ses forces à diaboliser le RN et les autres formations d’extrême droite, la gauche gagnerait à combattre frontalement le capitalisme financier et à démontrer que l’extrême droite contemporaine constitue avant tout une version autoritaire du néolibéralisme. Friedrich Hayek ne déclarait-il pas : « Personnellement, je préfère un dictateur libéral à un gouvernement démocratique manquant de libéralisme » ?[3]

Comme le suggère François Ruffin, l’enjeu stratégique réside dans la capacité à rassembler, au sein d’un même projet politique, les classes populaires des quartiers urbains et celles des territoires ruraux et périphériques[4]. Où qu’elles vivent, ces classes populaires subissent de plein fouet les effets de la précarisation liée au capitalisme financier mondialisé.

À défaut, la gauche semble condamnée à rester minoritaire, laissant s’installer une opposition stérile entre néolibéraux dits « libertaires » et néolibéraux dits « autoritaires ».

 

Nicolas Maxime


[1] Thomas Piketty, Capital et idéologie, Seuil, 2019.

[2] Benoît Coquard, Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin, La Découverte, 2019.

[3] Friedrich Hayek, entretien dans El Mercurio, Santiago, Chili, 1981.

[4] François Ruffin, Je vous écris du front de la somme, Éditions Les liens qui libèrent, 2022.

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