Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Il fallait bien que cela recommence. Que des économistes comme notre cher Patrick Artus nous ressortent les vieilles lubies néoclassiques du lien entre chômage et inflation, décrit dans la courbe de Philips. Cette théorie, formulée par l’économiste du même nom, affirme que lorsque les salaires augmentent, le chômage diminue et les prix augmentent. À l’inverse, lorsque le chômage augmente, l’inflation diminue[1].
Seulement, dans la réalité, les choses ne se déroulent pas toujours comme dans la théorie. Ainsi, durant les Trente Glorieuses, le chômage était faible et l’inflation restait contenue en dessous du seuil des 5 %. Après le choc pétrolier de 1973, on a assisté à une combinaison d’inflation élevée et de forte montée du chômage, un phénomène que l’on a appelé la stagflation.
Ainsi, les néolibéraux n’ont toujours pas compris, ou ne veulent toujours pas comprendre, les causes réelles de l’inflation. Ils continuent de penser que celles-ci sont essentiellement monétaires et salariales[2]. Monétaires, car selon eux il y aurait une abondance de liquidités et des taux directeurs trop faibles. Salariales, car avec l’inflation les salariés disposeraient d’un pouvoir de négociation accru pour demander des revalorisations salariales, ce qui, selon la théorie néoclassique, ferait mécaniquement augmenter les prix.
Or, cette lecture occulte le caractère structurel de l’inflation actuelle. Celle-ci est principalement liée à un déficit d’offre concernant la production — et non à un excès de demande —, à la raréfaction des matières premières et des énergies fossiles, au dérèglement des chaînes de production à la suite de la pandémie de Covid-19, ainsi qu’aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, augmenter les taux directeurs n’y changera strictement rien et aura peu d’effet sur l’inflation. En revanche, cela aura des conséquences économiques majeures en provoquant, par le resserrement du crédit, des faillites en série et une hausse du chômage.
En résumé, ce type de politique monétaire conduit à cumuler les effets négatifs : la récession, le chômage et l’inflation, là où il n’y avait initialement qu’un choc inflationniste.
Nicolas Maxime
[1] A. W. Phillips, « The Relation between Unemployment and the Rate of Change of Money Wage Rates in the United Kingdom, 1861-1957 », Economica, vol. 25, n° 100, 1958, p. 283-299. Article fondateur montrant une relation inverse entre chômage et croissance des salaires au Royaume-Uni, à l’origine de la courbe de Phillips.
[2] Milton Friedman, Inflation: Causes and Consequences, Asia Publishing House, 1963. L’auteur y défend la thèse monétariste selon laquelle « l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire », posant les bases de l’analyse monétariste des relations entre masse monétaire et inflation.