Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

L’État social dans le viseur : analyse du discours libertarien

Il peut parfois être instructif, lorsque l’on dispose de temps libre, de lire des magazines que l’on ne consulte habituellement jamais. C’est dans cet esprit qu’a été consulté Causeur, revue clairement positionnée à droite. La lecture de titres libéraux ou classés à droite — Le Nouvel Observateur, L’Express, Le Point ou Valeurs actuelles — ne pose en soi aucune difficulté. Causeur, en revanche, est moins fréquemment parcouru, notamment en raison d’un style rédactionnel souvent jugé approximatif.

Le numéro consulté mettait en couverture Laurent Obertone, figure relativement peu connue[1]. Sans surprise, plusieurs articles abordaient des thématiques récurrentes du magazine — banlieues, immigration, islam — sans toutefois présenter d’éléments particulièrement saillants.

L’élément le plus marquant résidait dans un article signé Joseph François, complété par Céline Pina, consacré à ce qui y est qualifié d’« État obèse » français[2]. L’argument central repose sur le fait que les dépenses sociales représenteraient environ 31 % du PIB et constitueraient un frein à la croissance et au développement économique[3]. Selon cette analyse, l’État devrait recentrer son action sur les fonctions régaliennes et réduire fortement le champ social, en favorisant le recours aux mutuelles privées pour la santé et aux fonds de pension pour les retraites par capitalisation.

Cette grille de lecture est reprise, sous une forme plus idéologique, par Laurent Obertone, dans une perspective libertarienne assumée. Le problème central serait l’État-providence, perçu comme un héritage encombrant issu du gaullisme social et du Conseil national de la Résistance. Le modèle social français, fondé sur la Sécurité sociale et la retraite par répartition, est ainsi présenté comme un obstacle structurel à la modernisation économique.

En définitive, la ligne éditoriale défendue converge vers une remise en cause explicite de l’État social. Derrière la critique des dépenses publiques, c’est bien la logique de solidarité collective qui est contestée, au profit d’une responsabilisation individuelle accrue et d’une marchandisation des protections sociales. Ce positionnement s’inscrit dans une tradition libertarienne qui considère la protection sociale non comme un investissement collectif, mais comme un coût à réduire.

 

Nicolas Maxime


[1] Causeur, n°106, « La France tiers-mondisée », novembre 2022, couverture du dossier avec Laurent Obertone (« La guérilla qui vient »).

[2] Ibidem.

[3] Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, La protection sociale en France et en Europe – Résultats des comptes de la protection sociale, édition 2020, Paris, DREES, 2020.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article