Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Le néolibéralisme : la valorisation de la rente au détriment du travail

Ce qui pose problème n’est pas tant le fait qu’une personne soit rentière, possède et loue 23 appartements. Elle pourrait en posséder cinquante de plus que cela ne changerait rien, à une condition essentielle : qu’elle paie ses impôts. Trois éléments, en revanche, interrogent profondément.

D’abord, l’article entretient l’idée que tout le monde pourrait y parvenir et devenir rentier. Il suffirait d’y croire et de se « bouger ». Cette fable mérite d’être arrêtée net. Qui peut sérieusement croire qu’il est possible de se constituer un patrimoine immobilier de 23 appartements en seulement huit ans avec un salaire d’enseignant ? Soit un capital initial existait déjà, soit des coups de pouce ont été déterminants — garants, relations, héritage, accès privilégié au crédit. Autant de ressources dont ne disposent pas les personnes issues des classes populaires. Présenter ce parcours comme universel relève de la mystification sociale.

Ensuite, le discours médiatique en vient presque à remercier la rentière, voire à la célébrer. Elle aurait « pris des risques » pour investir dans l’immobilier et loger des personnes qui, sans elle, n’auraient pas trouvé de logement. Or, dans une société organisée rationnellement, cette situation ne devrait même pas se poser. Il ne serait nullement nécessaire de compter sur des propriétaires privés pour répondre à un besoin fondamental : l’État construirait massivement des logements sociaux, afin de loger les ménages qui ne peuvent accéder ni à la propriété ni au parc privé.

Enfin, cette mise en récit consacre une nouvelle fois la rente au détriment du travail. Contrairement au discours dominant, le néolibéralisme ne valorise pas réellement le travail. Il valorise la sortie du travail. L’horizon proposé est clair : arrêter de travailler le plus tôt possible, devenir rentier à 30 ans et consommer sans produire. Dans cette hiérarchie inversée, l’enseignant devient l’archétype du « perdant » : transmettre, instruire, former — quel métier ingrat dans l’imaginaire contemporain. Pourtant, qui peut sérieusement concevoir un monde composé uniquement de traders, d’influenceurs et d’investisseurs immobiliers ? Qui peut croire qu’une société privée d’enseignants, de soignants, d’ouvriers et de travailleurs essentiels pourrait fonctionner durablement ?

Derrière ces récits individuels se joue ainsi une bataille idéologique majeure. Il s’agit de naturaliser les inégalités de patrimoine, de masquer les déterminismes sociaux, et de transformer la rente en vertu morale. En valorisant ces trajectoires comme des modèles, on légitime un ordre social où l’accumulation passive prévaut sur l’utilité sociale, et où la réussite se mesure à la capacité de s’extraire du travail plutôt qu’à celle de contribuer au bien commun.

 

Nicolas Maxime

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article