Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Uber Files et micro-entrepreneuriat : la précarisation silencieuse du travail

L’affaire Uber Files, au-delà des liens entre pouvoirs économiques et institutionnels, pose la question des mutations du travail, notamment du développement du micro-entrepreneuriat. Depuis la crise sanitaire, de nombreux salariés ont décidé de démissionner de leur emploi et d’adopter le statut de micro-entrepreneur. En effet, il est très simple de créer une micro-entreprise : n’importe qui peut le faire, il suffit d’un clic sur Internet puis de déclarer chaque mois son chiffre d’affaires à l’URSSAF. De nombreuses activités de micro-entrepreneurs se développent dans les secteurs du commerce, de l’artisanat, de l’esthétique, de la santé et du bien-être.

Mais derrière cette simplicité se cache la précarité d’un statut. Le revenu moyen d’un micro-entrepreneur est de 590 euros[1]. La protection sociale du micro-entrepreneur n’est pas la même que celle du salarié. Le micro-entrepreneur s’acquitte d’un taux de 22 % de cotisations sociales, lequel ne donne pas de droits au chômage et quasiment pas de droits aux indemnités journalières et à la retraite. Une bonne partie des donneurs d’ordre agissent comme des employeurs vis-à-vis des micro-entrepreneurs. L’uberisation en est la dérive la plus extrême, caractérisée par une exploitation de faux entrepreneurs par des plateformes digitales. Cependant, cette précarisation concerne quasiment tous les micro-entrepreneurs dont l’organisation du travail repose sur le travail à la tâche, comme ce fut le cas du capitalisme du XIX siècle.

Le XX siècle, par l’avènement du salariat, a permis à la classe des ouvriers et des employés d’obtenir des revenus stables et réguliers ainsi qu’une protection sociale généreuse. Le rôle de la gauche, au cours de l’histoire, a toujours été d’accompagner ces différentes mutations par la mise en place de conventions collectives, de congés payés ou de la Sécurité sociale.

Mais des solutions existent ou ont déjà été réfléchies pour mieux protéger ces travailleurs indépendants. Par exemple, Bernard Friot propose d’étendre le statut de salarié à chaque citoyen en considérant que chacun est producteur de richesse et en se basant sur la socialisation de la richesse produite, par le biais de la cotisation sociale[2]. L’application d’une telle mesure demanderait la mise en place d’une nouvelle organisation socio-économique en lieu et place du capitalisme néolibéral. Alain Supiot, quant à lui, propose l’instauration d’une Sécurité sociale professionnelle par le biais de droits de tirage sociaux, c’est-à-dire une continuité du salaire au-delà du contrat de travail, par exemple lors de la création d’une entreprise[3].

On pourrait également réfléchir à la création d’un statut de l’actif, où chaque travailleur, peu importe son statut (fonctionnaire, salarié du privé ou travailleur indépendant), aurait exactement les mêmes droits. Cela impliquerait que les donneurs d’ordre aient les mêmes obligations que les employeurs, que les indépendants aient droit à une protection sociale identique (retraite, chômage, indemnités journalières) et, sous une forme à définir, à des congés payés.

Quant aux néolibéraux, ils ont déjà la solution toute simple : le revenu universel. Chacun recevrait 500 euros par mois, un filet de protection sociale minimale, et devrait ensuite s’assurer auprès de sociétés privées afin de rembourser intégralement ses soins ou d’obtenir une retraite convenable. Ils attendent simplement le moment politique adéquat pour mettre en place le revenu universel.

Voilà à quoi pourrait réfléchir la gauche, au lieu de s’empêtrer dans des polémiques douteuses dont la majorité des Français se moquent. Cette réflexion sur les mutations du travail doit se concrétiser politiquement, au risque de détruire entièrement notre système de protection sociale de l’après-guerre et de voir émerger une nouvelle classe sociale de travailleurs indépendants pauvres, exploités et précarisés.

 

Nicolas Maxime


[1] Selon l’INSEE, en 2020 le revenu moyen des micro‑entrepreneurs était d’environ 590 € par mois, et la moitié d’entre eux percevait moins de 300 € mensuels. Le régime micro‑social prévoit le paiement de cotisations sociales proportionnelles au chiffre d’affaires (≈ 22 % pour les prestations de services).

[2] Bernard Friot, L’enjeu du salaire, La Dispute, 2012.

[3] Alain Supiot, Au‑delà de l’emploi : Pour une nouvelle approche du travail et de la protection sociale, Paris, LGDJ, 2016.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article