Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron est élu président de la République[1]. Largement annoncé vainqueur dès la médiatisation de l’affaire Fillon, il est temps d’effectuer un bilan à quasi-mi-mandat sur les plans institutionnel, économique, social, sociétal et écologique. Le résultat était déjà connu d’avance et il est peu reluisant pour les trois années à venir.
Deux années ont passé depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République après avoir battu facilement (bien aidé par les voix de la gauche) Marine Le Pen au second tour. On se rappelle l’enthousiasme des éditorialistes économiques comme Les Échos, Opinion, Challenges, BFM Business… Ils étaient unanimes ! Après quarante années d’immobilisme, la France allait enfin se réformer et entrer de plein pied dans la mondialisation néolibérale. Trump et le Brexit étaient perçus comme des signes avant-coureurs, la France allait être de retour sur le plan économique. Pendant plus d’une année, jusqu’à l’affaire Benalla, la magie semblait s’opérer. De jeunes ministres et parlementaires étaient en place, c’était le nouveau monde qui était en marche. Tout se passait plutôt bien pour le pouvoir exécutif, rien ne pouvait résister à Jupiter et ce malgré des réformes régressives : ordonnances Travail, pacte ferroviaire, suppression de l’ISF, instauration d’une flat tax sur les revenus du capital, augmentation de la CSG sur les retraites…
Puis l’affaire Benalla a éclaté, exposant au grand jour les failles d’un pouvoir déconnecté des réalités du monde. Les petites phrases du président — « les minima sociaux qui coûtent un pognon de dingue », « les Gaulois réfractaires », « les fainéants », « les gens qui ne sont rien » — ont renforcé l’opinion d’une partie des Français qu’Emmanuel Macron et le nouveau monde étaient arrogants et méprisants envers les classes populaires.
À partir de ce moment-là, la machine s’est emballée et les médias généralistes, qui étaient largement favorables à Macron et à LREM, se sont retournés contre eux au vent des sondages défavorables au pouvoir exécutif. Le 17 novembre 2018, une partie des Français hostiles à l’augmentation de la taxe sur les carburants s’est réunie dans la rue et sur les ronds-points, offrant un visage inédit de la contestation. Ces Français, pour la plupart issus des classes moyennes inférieures et des zones périurbaines et rurales, ont choisi de se mobiliser sans syndicats, sans associations et sans partis politiques. Ce mouvement, dit des « Gilets Jaunes », dure depuis ce jour et, bien que la mobilisation ait diminué, a fait céder Emmanuel Macron. Ce dernier a abandonné l’augmentation des taxes sur le carburant, et le 10 décembre, a annoncé des mesures d’urgence en faveur du pouvoir d’achat des ménages modestes : augmentation de la prime d’activité, versement d’une prime exceptionnelle défiscalisée par les entreprises privées, défiscalisation des heures supplémentaires et annulation de la hausse de la CSG pour les retraités… soit un paquet de 10 milliards d’euros[2].
Un grand débat s’est ensuite ouvert entre le 15 janvier et le 15 mars 2019, auquel étaient conviés les Gilets Jaunes et le reste des citoyens pour donner leur avis sur quatre thèmes : « démocratie et citoyenneté », « transition écologique », « fiscalité » et « organisation des services publics ». De ce débat n’a pas été retenu grand-chose par le président, celui-ci préférant s’atteler à une baisse de l’impôt sur le revenu pour 5 milliards d’euros[3].
Après avoir décrit le déroulement de ces deux années de présidence de Macron, il est temps de passer au bilan et de donner une note à notre cher président.
Institutions
Pendant la campagne présidentielle, Macron est passé d’une promesse d’horizontalité à une brutale verticalité du pouvoir. Jupiter décide de tout, régente les ministères. Même sous Nicolas Sarkozy, nous n’avons jamais assisté à une telle monarchisation de la République. Une moralisation de la vie publique est entrée en vigueur dès le début du mandat sans avoir de réels effets sur le train de vie des hommes politiques et les conflits d’intérêts pour certains d’entre eux. La réforme constitutionnelle à venir, loin de redonner du pouvoir aux parlementaires, devrait réduire leur nombre. Heureusement, une dose de proportionnelle aux législatives est prévue afin de mieux représenter les courants politiques à l’Assemblée nationale.
Note : 1,5/4
Économie
Au début de sa mandature, Macron a réalisé de nombreuses réformes fiscales en faveur des ménages les plus riches : transformation de l’ISF en IFI, instauration d’une flat tax de 30 % sur les revenus du capital et les dividendes, modification de l’exit tax… C’est la théorie du ruissellement, développée sous Reagan et Thatcher : baisser les impôts des plus riches afin que leur épargne soit réinvestie dans l’économie et profite à tous. Mais ça n’a jamais marché : les plus fortunés n’investissent pas forcément dans les entreprises françaises, mais peuvent acheter des titres d’État étrangers, des lingots d’or, des yachts, des voitures de luxe… Abaisser les impôts des plus riches a augmenté les inégalités et freiné la consommation. La croissance a ralenti de 2,3 % en 2017 à 1,7 % en 2018, et l’investissement a reculé de 4,7 % à 2,9 % sur la même période[4].
Note : 1,5/4
Social
Si la note avait été attribuée en juillet 2018, elle serait de 0,5/4. Baisse des APL, suppression des contrats aidés, réforme du droit du travail en faveur des entreprises… L’assurance chômage universelle, promise pendant la campagne, ne se fera pas. La crise des Gilets Jaunes a obligé Macron à infléchir son programme avec quelques mesures sociales ponctuelles : petits déjeuners gratuits pour enfants défavorisés, tarifs sociaux pour la cantine, modes de garde développés… Le pire est à venir avec la réforme de l’assurance chômage et le projet de revenu universel d’activité, destiné avant tout à contrôler et inciter au travail sous peine de sanctions.
Note : 1,5/4
Écologie
Lorsque Nicolas Hulot a démissionné, il a dénoncé les « petits pas » du gouvernement concernant la transition écologique. L’écologie n’est pas une priorité pour Macron. Si certains investissements ont été faits dans l’éolien, le solaire et le chèque énergie pour les ménages modestes, rien n’a été fait pour réduire le nucléaire, fermer les centrales à charbon, interdire le glyphosate ou rénover thermiquement les bâtiments. Pire, la France reste un des pays qui subventionne le plus les énergies fossiles. Le programme des européennes de LREM promettait l’écologie… mais le bilan sur deux ans est maigre.
Note : 1/4
Sociétal
Macron se voulait libéral et progressiste. Pourtant, des lois comme la loi anticasseurs, la loi asile et immigration, la loi « secret des affaires » limitent les libertés publiques. Lors des manifestations des Gilets Jaunes, des milliers de personnes ont été blessées, certaines gravement. Emmanuel Macron n’a pas condamné ces violences et est resté peu empathique. Des ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent le caractère répressif et liberticide de sa politique.
Note : 0,5/4
Note globale
6/20
Ministre de l’économie sous François Hollande, Macron incarnait un espoir de changement pour certains, notamment les classes moyennes supérieures et les « gagnants de la mondialisation ». Pourtant, son bilan à mi-mandat est catastrophique : verticalité du pouvoir, politique économique favorable aux plus riches, mesures sociales limitées, écologie marginalisée et libertés publiques menacées.
Le « nouveau monde » promis s’est transformé en pouvoir jupitérien, éloigné des réalités du pays. Le président a montré arrogance, mépris et déconnexion, laissant un sentiment général de déception et de frustration dans la population.
Nicolas Maxime
[1] Ministère de l’Intérieur, Résultats de l’élection présidentielle 2017 — second tour, 7 mai 2017 — Emmanuel Macron est élu président de la République française avec 66,10 % des suffrages exprimés face à Marine Le Pen.
[2] Emmanuel Macron, allocution du 10 décembre 2018.
[3] Emmanuel Macron, annonces de clôture du Grand débat national, avril 2019 — engagement d’une baisse de l’impôt sur le revenu d’environ 5 milliards d’euros en faveur des classes moyennes et modestes.
[4] INSEE, Comptes nationaux 2018.