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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Engagement politique et déterminants socio-professionnels

Les retraités sont de loin la catégorie socio-professionnelle la plus engagée en politique. Cela explique en grande partie l’élection et la réélection d’Emmanuel Macron et l’orientation des programmes économiques vers plus de baisse de la fiscalité (les retraités engagés dans des mouvements politiques sont souvent des détenteurs de capitaux) et de mondialisation (les retraités sont plus sensibles au fédéralisme européen et sont favorables à la liberté des flux de capitaux et de marchandises). Il faut toutefois préciser que cet engagement se manifeste davantage par une pratique électorale régulière — le vote — que par un militantisme partisan[1]. Leur poids politique tient avant tout à leur forte participation électorale et à leur souci de stabilité pour protéger leur patrimoine et leurs pensions.

On retrouve également des chefs d’entreprise, cadres supérieurs, fonctionnaires de l’administration publique, employés syndiqués mais aussi des étudiants.

Un des métiers les plus représentés parmi les militants politiques est sans conteste celui d’enseignant, qu’il soit du privé ou du public, qu’il soit professeur des écoles ou enseignant-chercheur en université. Rien qu’en analysant les profils de ceux qui s’intéressent à la politique, une part importante est issue de l’enseignement ou y est passée.

Cet engagement peut s’expliquer par un fort corporatisme qui permet aux enseignants de défendre leurs intérêts bien plus que les autres professions. Le temps libre n’est pas non plus un aspect négligeable : les professeurs ont probablement plus de facilité à dégager du temps pour se consacrer au militantisme politique qu’un ouvrier qui travaille en 3*8. Par ailleurs, le métier d’enseignant requiert des compétences oratoires et rédactionnelles qui facilitent le passage à l’action militante.

Il ne s’agit pas de juger ici le métier d’enseignant mais d’opérer le constat que cette profession se mobilise plus au niveau politique que les autres et parvient à influencer les programmes électoraux. Si l’on observe les programmes des candidats, y compris ceux d’Emmanuel Macron, Valérie Pécresse, Éric Zemmour et Marine Le Pen, tous étaient favorables à dégager plus de moyens pour l’Éducation nationale, même si certains sont clairement orientés vers une autonomie accrue des établissements scolaires. Sans compter la promesse d’Anne Hidalgo de doubler le salaire des enseignants.

À contrario, certaines professions comme les travailleurs sociaux et les soignants sont très peu engagés politiquement. En effet, ces derniers travaillent souvent en décalé et ont moins de temps à consacrer à la politique. De plus, certains considèrent déjà leur métier en soi comme un engagement. Accompagner, éduquer ou soigner sont déjà des actes militants pour certains.

Du coup, les programmes politiques contiennent peu de mesures sur la santé ou l’action sociale. Et c’est surtout la pandémie de Covid-19 et l’état catastrophique de l’hôpital public qui ont influencé les programmes électoraux vers plus de moyens alloués aux soignants et aux établissements publics de santé. Par exemple, certains programmes électoraux de 2017 contenaient des mesures drastiques d’économies envers l’hôpital public et l’action sociale.

On constate que les programmes électoraux sont influencés par des déterminants socio-professionnels. Certaines catégories comme les retraités ou les enseignants, par leur présence dans les mouvements politiques, réussissent à influer les programmes des candidats qu’ils soient de gauche ou de droite. D’autres catégories comme les soignants, les travailleurs sociaux ou même les agriculteurs — qui, bien que peu nombreux, compensent par une force de mobilisation syndicale exceptionnelle — sont beaucoup moins engagées politiquement, ce qui explique que les candidats leur accordent moins d’importance.

 

Nicolas Maxime


[1] Insee, Vingt ans de participation électorale : en 2022, les écarts de participation selon l’âge et le niveau de diplôme se sont accrus, 17 novembre 2022.

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