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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Gauche, droite et peuple

Avant d'esquisser des analyses concernant le premier tour des municipales de 2026, il est nécessaire de comprendre pourquoi une partie des Français se détournent de la politique.

Privés de grands récits qui défendent et évoquent véritablement leurs conditions matérielles, et sans représentants qui leur ressemblent, une majorité d’électeurs issus des classes populaires préfèrent désormais s’abstenir et s’éloigner de la vie politique. En effet, pendant que certains cherchent un médecin généraliste à 30 km à la ronde ou souhaitent se loger près de leur lieu de travail, les responsables politiques, pour la plupart déconnectés de leurs quotidiens, préfèrent parler d’écriture inclusive, de prénoms français ou débattre d’autres polémiques secondaires. Regarder des séries Netflix, jouer au football, faire des barbecues entre amis devient plus stimulant que de s’engager en politique.

Cette déconnexion est également accentuée par ce que l’on pourrait appeler l’idiocratisation du personnel politique, où le niveau intellectuel et l’expérience semblent relégués au second plan au profit du racolage médiatique et de l’apparence. Cette société du spectacle contribue à la démotivation des citoyens : quand les responsables politiques ne représentent plus la réalité des vies populaires, il devient presque rationnel de s’éloigner de la politique et de chercher ailleurs d'autres formes de stimulation ou de sens.

La chute des croyances collectives est également une des causes de ce désinvestissement politique : communisme d’un côté et christianisme de l’autre. Puisqu'il n’y a plus de conscience de classe ni de foi, ainsi que les structures collectives qui y étaient attachées, Il ne reste que le nihilisme et un vide symbolique que les affects identitaires et le ressentiment cherchent à combler. Comme l’explique René Girard, le besoin de trouver un bouc émissaire est humain : les sociétés tendent à désigner des responsables de leurs malheurs sur lesquels ils rejettent les fautes[1]. C’est ainsi que de nombreux électeurs issus de la France périphérique, ouvriers et agriculteurs, se tournent vers le Rassemblement national, non pas par adhésion idéologique, mais pour sanctionner ceux qu’ils perçoivent comme des parasites : assistés et migrants.

Dans les zones désindustrialisées et désagrarisées, le vote devient alors une catharsis, un exutoire à la frustration matérielle et sociale.

Ainsi, la vie politique actuelle reflète une véritable fracture entre élites et classes populaires. D’un côté, une majorité dépolitisée, privée de récit collectif et dont les aspirations matérielles sont ignorées, ne se reconnaît plus dans l’opposition gauche-droite et se tourne soit vers l’abstention, soit vers le discours sécuritaire et identitaire de l’extrême droite. De l’autre, une minorité de citoyens aisés et diplômés continue d’investir le débat public agissant comme relais des élites et donnant forme à un discours politique qui, malgré son engagement, reste éloigné des réalités quotidiennes de la majorité de la population.

 

Nicolas Maxime


[1] René Girard, La Violence et le sacré, Grasset, 1972 ; Le Bouc émissaire, Grasset,1982.

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