Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Voilà comment un projet industriel de relocalisation peut se retrouver remis en question : à Romans-sur-Isère, la marque 1083, spécialisée dans la fabrication de jeans produits en France[1], s’est heurtée à des blocages politiques concernant son projet d’extension industrielle. L’entreprise, qui incarne une stratégie de relocalisation textile et de circuits courts — un jean fabriqué à moins de 1 083 km du domicile du consommateur — avait pour ambition de développer un outil de production plus important afin d’augmenter ses capacités.
Or, ce projet s’est confronté à des oppositions municipales, notamment sur des questions d’urbanisme. Officiellement, il s’agit de contraintes techniques ou environnementales. Mais dans les faits, ce type de décision interroge : comment expliquer qu’un projet industriel local, créateur d’emplois et porteur d’une logique de souveraineté économique, puisse être freiné dans un territoire pourtant marqué par la désindustrialisation ?
Tous les moyens semblent alors mobilisés — réglementaires, administratifs, politiques — pour ralentir, voire empêcher, l’aboutissement du projet. Cela révèle une contradiction totale de ceux qui prétendent défendre une vision économique libérale et affirment soutenir l’industrie, mais privilégient en réalité certains modèles économiques : ceux des métropoles, des start-ups, de l’économie numérique ou des chaînes de valeur mondialisées. À l’inverse, les projets industriels ancrés localement, reposant sur la relocalisation, la production nationale et les circuits courts, apparaissent souvent moins soutenus, voire marginalisés par les politiques.
Pourtant, 1083 a déjà démontré sa capacité à créer de l’emploi — une trentaine de postes — et pourrait aller bien au-delà. Mais ce type de projet se heurte à une question centrale : faut-il privilégier la compétitivité internationale fondée sur les coûts, ou soutenir une industrie locale plus coûteuse mais créatrice de valeur territoriale ?
Au-delà du cas de Romans-sur-Isère, cette situation démontre la tension qui oppose la volonté affichée de réindustrialisation à la réalité des politiques publiques et des décisions locales. Entre discours sur la souveraineté économique et pratiques concrètes, l’écart demeure. CQFD.
Nicolas Maxime
[1] 1083, entreprise fondée en 2013 à Romans-sur-Isère par Thomas Huriez, spécialisée dans la fabrication de jeans et vêtements produits en France selon une logique de circuits courts ; son nom renvoie à la distance maximale (1 083 km) entre les lieux de production et le consommateur, correspondant à la largeur du territoire français. https://www.1083.fr/pages/notre-histoire.