Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Pendant que le débat politique se focalise sur la réduction des dépenses publiques au nom du manque de moyens financiers, un appartement à Monaco se vend 471 millions d'euros. Nous ne sommes plus dans le domaine de l'utilité réelle – se loger – mais dans celui de la pure spéculation – stocker de la valeur.
C'est l'effacement de la valeur d'usage au profit de la valeur d’échange. Le logement disparaît derrière son prix puisqu'on ne construit plus pour répondre à un besoin humain mais pour créer des actifs financiers. Cette inflation des prix des actifs, déconnectée de toute utilité sociale, est le symptôme d'un système où l'on préfère la rente à la production. Cela démontre que l'argent existe en abondance, mais qu'il est capté et immobilisé dans des actifs improductifs – la spéculation immobilière de luxe – plutôt que d'être injecté dans le circuit de la production par la dépense publique.
Car, n'en déplaise à Tatiana Ventôse et Roland Lescure[1], l’argent est MAGIQUE dans un système capitaliste. La monnaie n’est pas une ressource préexistante que l’État devrait trouver avant de dépenser. Selon l’adage, les crédits font les dépôts : sans avance monétaire, il n'y a pas de financement de l’investissement, donc pas de production, et in fine, aucune création de richesse possible. Le problème actuel n'est pas la dette en soi, mais le fait que les États n’ont plus la main sur la création monétaire. Dans la zone euro, les États ont largement perdu la maîtrise de cet instrument au profit de la Banque centrale européenne et des marchés financiers, ce qui limite leur capacité à orienter le crédit vers les besoins sociaux.
Pourtant si l'argent est MAGIQUE, la contrainte est réelle car elle est liée à la capacité productive : ressources humaines, matérielles et technologiques. Un État peut créer de la monnaie à l'infini, mais il ne peut pas décréter l’existence des biens et services correspondants.
L'existence d'un appartement à 471 millions d'euros prouve que l'argent est MAGIQUE lorsqu'il s'agit de servir les intérêts privés et la rente immobilière. Le scandale n'est pas que cet argent existe mais son allocation : une économie capable de valoriser un actif immobilier à ce niveau tandis que l'État s'interdit d'utiliser ce même pouvoir de création monétaire pour répondre aux besoins de la population, sous prétexte d'une contrainte budgétaire qui relève en réalité d'un choix politique.
Nicolas Maxime
[1] Franceinfo, Budget : "L'État va faire des efforts extrêmement importants, il n'y a pas d'argent magique", assure le ministre de l'Économie Roland Lescure, publié le 17 janvier 2026 ; Tatiana Ventôse, CNC : tous des escrocs ? , publiée sur YouTube, 2026.