Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
La nationalisation est un acte de souveraineté. On retrouve cette conception dans le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, dans son neuvième alinéa :
« Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. »[1]
Dans cette perspective, l’État devrait nationaliser, ou à défaut être actionnaire majoritaire, d’entreprises relevant de secteurs monopolistiques ou stratégiques :
Un passage du livre Une brève histoire de l’égalité de Thomas Piketty permet de comprendre pourquoi la Chine renforce sa domination économique et comment les pays occidentaux ont progressivement perdu leur souveraineté en cédant leurs fleurons nationaux aux marchés financiers :
« En ce sens, la Chine semble se stabiliser autour d’une structure de la propriété que l’on peut qualifier d’économie mixte : le pays n’est plus vraiment communiste, mais il n’est pas non plus complètement capitaliste, puisque la propriété publique représente plus de 30 % du total, ce qui est certes minoritaire mais néanmoins très substantiel. Le fait de détenir près du tiers de tout ce qu’il y a à posséder dans le pays donne à la puissance publique chinoise des possibilités d’interventions considérables pour décider de la localisation des investissements et des créations d’emplois et pour mener des politiques de développement régional.
[…]
Si les puissances occidentales s’acharnent dans une idéologie hypercapitaliste dépassée, alors il n’est pas certain du tout qu’elles parviennent à limiter l’influence grandissante du régime chinois. Sur le plan économique et financier, l’État chinois dispose d’actifs considérables, très supérieurs à ses dettes, ce qui lui donne les moyens d’une politique ambitieuse, au niveau domestique comme sur le plan international, en particulier concernant les investissements en infrastructures et dans la transition énergétique. À l’inverse, il est frappant de constater à quel point les principaux États occidentaux se retrouvent tous, au début des années 2020, avec des positions patrimoniales quasi nulles ou négatives. […]
Soyons bien clairs : les pays riches sont riches, au sens où les patrimoines privés n’ont jamais été aussi élevés ; ce sont uniquement leurs États qui sont pauvres. S’ils persistent dans cette voie, ils pourraient se retrouver avec un patrimoine public de plus en plus négatif, ce qui correspondrait à une situation où les détenteurs de titres de dette possèdent non seulement l’équivalent de tous les actifs publics (bâtiments, écoles, hôpitaux, infrastructures, etc.), mais également un droit de tirage sur une partie des impôts des contribuables futurs. »[2]
En France, depuis 1987, une série de privatisations a concerné notamment BNP Paribas, Société Générale, France Télécom (Orange), GDF (Engie), Total, Renault, Air France, SNECMA (Safran), devenues pour beaucoup des multinationales du CAC 40 affichant des résultats nets conséquents. Dans cette perspective, un gouvernement souverainiste de gauche devrait s’emparer de la question du patrimoine public et renouer avec l’esprit du programme du Conseil national de la Résistance : les nationalisations, afin de permettre à l’État de reprendre le contrôle sur les marchés financiers[3].
Nicolas Maxime
[1] Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, alinéa 9 ; repris par le Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958, qui lui confère valeur constitutionnelle ; valeur confirmée par la jurisprudence du Conseil constitutionnel, notamment décision n° 71-44 DC du 16 juillet 1971.
[2] Thomas Piketty, Une brève histoire de l’égalité, Seuil, 2021.
[3] Conseil national de la Résistance, Programme du 15 mars 1944 (« Les Jours heureux »), prévoyant « le retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés […] des sources d’énergie […] et des grandes banques », fondement des politiques de nationalisation de l’après-guerre.