Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Dix points pour démontrer que la réforme des retraites universelle voulue par le gouvernement est en réalité une arnaque visant à détricoter notre système social.
Le gouvernement a décidé de mettre en place un régime universel de retraite par points où chaque euro cotisé donnerait les mêmes droits. Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, ce régime serait plus juste et plus égalitaire et resterait par répartition assurant la solidarité des actifs envers les aînés. Sur le fond, on ne peut qu'être d’accord. Les 42 régimes de retraite ont créé un machin chose illisible avec des disparités selon les régimes et des frais de gestion importants[1]. Un régime universel serait donc le bienvenu. Le problème, c’est que le gouvernement à la suite du rapport Delevoye est en train de nous préparer « l’arnaque du siècle ». Le diable se cachant dans les détails, je vais vous soulever dix points qui démontrent la malhonnêteté de Macron, de ce gouvernement et de ceux qui défendent cette réforme :
Comme on peut le constater, les questions risquent de rester sans réponse mais il est déjà possible d’interpréter et de prévoir ce qu’il va se produire. Ainsi, le but de ce gouvernement est de freiner la progression des retraites (14 %) dans la part du PIB, voire de le baisser[15]. De plus, on voit que le régime ne sera pas forcément universel comme le prétend le gouvernement puisque les hauts revenus seront plafonnés à 120 000 euros l’année. Il y a un réel risque que le régime soit sous financé et que le gouvernement décide de baisser la valeur du point ou le montant des pensions.
Finalement, il est possible d’imaginer une situation où dans vingt ans, une partie des retraités devront se contenter du minimum vieillesse ou du minimum contributif alors que les plus aisés bénéficieront d’une retraite généreuse en partie grâce à la capitalisation. Rien n’a été décidé pour augmenter radicalement le minimum contributif au niveau du SMIC ou pour permettre aux carrières longues et aux métiers pénibles de prendre leurs retraites plus tôt. Au nom de la justice et de l’égalité, Emmanuel Macron a promis d’instaurer un régime universel de retraites, qui se révèle inéquitable et arbitraire. Il réaffirme sa volonté néolibérale de transformation du modèle social, quelques mois après la réforme de l’assurance chômage et met à bas le système de solidarité né après la guerre qui avait pourtant bien fonctionné malgré ses défauts de lisibilité.
Nicolas Maxime
[1] Il existe 42 régimes de retraite. Outre le régime général et celui des fonctionnaires, il existe des régimes dits « spéciaux » (EDF, RATP, SNCF, etc.) avec des règles parfois très favorables à certaines catégories. Ministère du Travail, Le système et les régimes de retraite.
[2] Vie-publique.fr, Interview de Gérald Darmanin sur la réforme des retraites, 22 novembre 2019.
[3] Service-Public.fr, Minimum contributif de la retraite de base, 2019 — le minimum contributif s’élève à environ 636 € par mois pour une carrière complète au régime général, montant pouvant atteindre environ 970 € avec les retraites complémentaires, selon les estimations couramment utilisées dans le débat sur la réforme des retraites.
[4] Rapport Delevoye, Pour un système universel de retraite, 18 juillet 2019 — le rapport prévoit que la valeur de service du point serait fixée à environ 0,55 €, tout en précisant que cette valeur pourrait évoluer dans le temps selon des règles de pilotage, ce qui alimente les inquiétudes sur une possible baisse du niveau des pensions.
[5] Conseil d’orientation des retraites, Systèmes de retraite en Europe : le cas de la Suède, 2019 — le COR explique que le système suédois repose sur un mécanisme d’ajustement automatique (automatic balancing), où le niveau des pensions peut être revu à la baisse en fonction de l’équilibre financier du système. Ce mécanisme a conduit à des baisses effectives des pensions, notamment en 2010 et 2011.
[6] Service-Public.fr, Montant de la retraite du salarié du secteur privé.
[7] Service-Public.fr, Retraite de base d’un agent public : quelle différence entre taux plein et taux maximum.
[8] Rapport Delevoye, Pour un système universel de retraite, 18 juillet 2019.
[9] Ibidem.
[10] Ministère du Travail, Réforme du compte pénibilité : passage au compte professionnel de prévention (C2P), 2017 — à la suite des ordonnances du 22 septembre 2017, quatre facteurs de pénibilité (postures pénibles, manutention de charges lourdes, vibrations mécaniques, risques chimiques) sont supprimés du dispositif et ne donnent plus lieu à acquisition de points, la logique étant réorientée vers la prévention des risques en entreprise plutôt que la compensation.
[11] Cour des comptes, Rapport sur les régimes spéciaux de retraite de la RATP, de la SNCF et des IEG, juillet 2019 — la Cour des comptes indique que ces régimes bénéficient de financements publics importants via des subventions d’équilibre, notamment environ 3,3 milliards d’euros pour la SNCF et 0,7 milliard pour la RATP, pour un total d’environ 5,5 milliards d’euros en 2017, destiné à couvrir le déséquilibre démographique et une partie des droits spécifiques.
[12] Rapport Delevoye, Pour un système universel de retraite, 18 juillet 2019.
[13] URSSAF, Le plafond de la Sécurité sociale (PASS).
[14] Fonds de réserve pour les retraites, Rapport annuel 2019 — le FRR dispose à fin 2019 d’un actif d’environ 33,6 à 33,7 milliards d’euros en valeur de marché. Il verse également 2,1 milliards d’euros par an à la CADES, et ses actifs sont partiellement mobilisés pour le financement de la dette sociale. Au total, les réserves du système de retraite par répartition (incluant le FRR et les régimes complémentaires) sont estimées à environ 157,5 milliards d’euros fin 2019.
[15] Conseil d’orientation des retraites, Rapport annuel 2018 – Évolutions et perspectives des retraites en France — le COR indique que la part des dépenses de retraite représente environ 14 % du PIB à son niveau le plus élevé récent (autour de 2014) et se situe autour de 13,6 % à 13,8 % en fin de période observée, avec des projections montrant une stabilisation autour de 14 % à court terme avant baisse à long terme selon les scénarios économiques.