Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
« 2032. Le président de la République, issu de la nouvelle majorité LREM, a maintenu l'entrée en vigueur du crédit social, un système de notation des citoyens décidé et voté par l'ancienne majorité.
En effet, depuis les nombreuses manifestations intervenues à la suite de la loi sur la privatisation de la santé en 2029, ayant provoqué une vingtaine de morts et une centaine de blessés, les gouvernants ont décidé de changer de méthode vis-à-vis de leurs concitoyens.
Les succès obtenus par la Chine, premier pays à l'avoir appliqué à l'échelle nationale en 2020, mais également par la Russie, la Hongrie, l'Espagne et la Suède, en termes de conciliation entre les individus, de baisse de la criminalité, des manifestations et du chômage, ont démontré que le crédit social était le système le plus adapté à une société favorisant la libre concurrence entre les individus. Notons au passage que le Royaume-Uni et l'Allemagne envisagent de l'instaurer.
Les notations des individus, mises en place depuis de nombreuses années par les entreprises du numérique, ont déjà permis d'amorcer le système et de démontrer son efficacité. De plus, la reconnaissance faciale, déjà largement utilisée depuis de nombreuses années dans la résolution des délits routiers, des faits de délinquance et des affaires criminelles, permettra d'optimiser le crédit social.
Chaque personne sera dotée d'un capital de 10 000 points, ce qui montre que l'égalité des droits entre citoyens sera respectée.
La réglementation sera adaptée en France, en particulier en fonction de la situation des individus sur le marché de l'emploi. Une personne licenciée, sauf en cas de licenciement économique, perdra automatiquement la moitié de ses points, tandis qu'une personne signant un CDI gagnera 5 000 points. »
Il s'agit bien entendu d'une pure fiction dystopique. Il est tout à fait possible que rien de tout cela n'arrive, ou du moins pas sous cette forme.
Mais lorsque le gouvernement instaure des lois jugées liberticides, comme la loi « anti-casseurs » ou la loi antiterroriste, avec la création de fichiers tels que TES ou ACCReD, lorsque la reconnaissance faciale arrive progressivement en France dans une relative indifférence, et lorsque des plateformes numériques se mettent à exclure des collaborateurs ou des utilisateurs en raison de notations jugées insuffisantes, n'assiste-t-on pas aux prémices d'un crédit social à la française[1] ?
Nicolas Maxime
[1] Voir notamment : Conseil constitutionnel, décision n° 2019-780 DC du 4 avril 2019 relative à la loi visant à renforcer et garantir le maintien de l'ordre public lors des manifestations ; Défenseur des droits, Maintien de l'ordre et respect des libertés ; Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), Avis sur le projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (2017) ; Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), avis sur le fichier TES (2016) et délibérations relatives à la reconnaissance faciale ; décret n° 2016-1460 du 28 octobre 2016 autorisant la création du traitement « Titres électroniques sécurisés » (TES) ; loi n° 2017-1510 du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (SILT) ; rapports de la CNIL sur la reconnaissance faciale ; ainsi que les travaux consacrés aux systèmes de notation des plateformes numériques et à leurs effets sur les travailleurs et les utilisateurs.