Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Le 2 mai 2012, il y a dix ans, un autre débat marquait la vie politique française : celui opposant Nicolas Sarkozy, président sortant UMP, à François Hollande, candidat du Parti socialiste. À cette époque, l’UMP, formation de centre droit devenue depuis Les Républicains, et le PS, mouvement de centre gauche, représentaient encore près de 55 % des suffrages[1]. Ces deux partis structuraient la vie politique et se succédaient au pouvoir depuis la création de la Ve République.
Le contexte de l’époque différait profondément de celui d’aujourd’hui : le Covid-19 n’existait pas, le mouvement des Gilets jaunes n’avait pas encore émergé comme symbole de contestation sociale, le terrorisme islamiste n’était qu’à ses débuts en France, et le réchauffement climatique restait souvent perçu comme une préoccupation secondaire.
Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait été marqué par des réformes jugées brutales : instauration du service minimum dans les services publics limitant le droit de grève, report de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, assouplissement des 35 heures, allègement des droits de succession et mise en place du bouclier fiscal en faveur des plus aisés. Durant cette période, le niveau de vie des 10 % les plus riches a progressé tandis que celui des 30 % les plus modestes a reculé, et le nombre de personnes en situation de pauvreté est passé de 7,8 à 8,7 millions[2].
Face à ce bilan, François Hollande proposait un projet social-démocrate, dans la lignée de Lionel Jospin, perçu comme une alternative moins libérale que celle défendue par Nicolas Sarkozy. Ce positionnement avait convaincu une partie de l’électorat, notamment par rejet du sarkozysme et par adhésion aux propositions avancées durant la campagne.
La suite du quinquennat a cependant suscité de fortes critiques, en particulier à gauche. Certaines politiques économiques ont été perçues comme s’inscrivant dans une orientation néolibérale, notamment le CICE ou la loi El Khomri. L’influence croissante d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, a également contribué à renforcer ce qui est devenu par la suite une évidence.
Avec le recul, ce quinquennat est parfois considéré comme l’un des plus décevants pour une partie de l’électorat de gauche sociale, certains y voyant une continuité, voire une accentuation, de politiques néolibérales. Cette expérience démontre que chaque bulletin de vote engage des conséquences durables pour l’orientation politique du pays. Le vote « par défaut » ou de barrage peut ainsi conduire à des résultats éloignés des attentes initiales et des valeurs défendues.
Nicolas Maxime
[1] Résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle de 2012 (Ministère de l’Intérieur) : Nicolas Sarkozy (UMP) 27,18 % ; François Hollande (PS) 28,63 %, soit 55,81 % des suffrages exprimés.
[2] Données issues de l’INSEE (France, niveau de vie et pauvreté), évolutions sur la période de la présidence de Nicolas Sarkozy (2007–2012), notamment « Revenus et patrimoine des ménages » et séries sur le taux de pauvreté monétaire (seuil à 60 % du revenu médian).