Il n’y a pas qu’en France où l’extrême droite a progressé. Que ce soit en Allemagne, en Autriche, en Italie, aux Pays-Bas, les partis de droite populiste ont gagné les élections ou se sont imposés comme des forces majeures. Et cela ne concerne pas que l’Europe : Trump aux États-Unis, Bolsorano au Brésil, Milei en Argentine, Erdogan en Turquie… La question se pose : à quoi est due cette victoire idéologique de l’extrême droite ?
Certains répondront que le problème tient à l’immigration, d’autres diront que c’est l’insécurité. Or, il n’y a pas d’immigration significative au Brésil et cela n’a pas empêché Jair Bolsorano de remporter les élections présidentielles en 2018. Les causes sont plus profondes et se caractérisent par plusieurs facteurs :
- Le ras-le-bol des électeurs : en France comme ailleurs, la gauche, la droite et le centre ont déçu leurs électeurs. Le Rassemblement National n’a jamais exercé le pouvoir et bénéficie d’un chèque en blanc, profitant du vide laissé par les partis traditionnels.
- Le discours anti-élites : les mouvements de droite populiste désignent habilement leurs adversaires comme faisant partie des élites tandis qu’eux se présentent comme les véritables représentants du peuple.
- L’invocation du retour à la Nation : le slogan "America First" de Donald Trump illustre parfaitement cette stratégie. Les populistes de droite mettent en avant un retour salvateur à la Nation, perçue comme garante d’identité et de souveraineté.
- La mise en avant de l’identité au détriment de la conscience de classe : le discours populiste fragmente la solidarité sociale en priorisant l’identité culturelle, nationale ou religieuse, au détriment des revendications collectives de classe. Cela correspond à l’hégémonie culturelle décrite par Gramsci qui désigne la capacité d’une classe à imposer ses valeurs et sa vision du monde.
- L’absence d’un modèle alternatif : l’extrême droite prospère aussi sur le vide d’un projet de société crédible à gauche, capable de relier justice sociale et égalité.
- Le déclassement des classes populaires : le sentiment de perte de statut et d’opportunités économiques alimente la colère et le vote protestataire vers des forces radicales.
- La radicalité : l’extrême droite se positionne comme force de rupture et de contestation, contrastant avec la modération perçue des partis traditionnels.
- La diabolisation et le bouc émissaire : les élites, les minorités, les migrants, les précaires sont systématiquement pointées comme responsables des difficultés. Il s’agit de la théorie du bouc émissaire démontrée par René Girard.
- La désinformation : les réseaux sociaux et certains médias favorisent la propagation de fausses informations et de narratifs simplistes.
- La destruction des liens sociaux et des corps intermédiaires : syndicats, associations et organisations locales voient leur influence réduite, ce qui fragilise la solidarité collective.
- La délégitimation démocratique et la dépolitisation : l’abstention et le désengagement politique renforcent le pouvoir d’attraction de l’extrême droite, qui se présente comme le seul acteur capable de « représenter le peuple ».
Ces facteurs se combinent et se renforcent mutuellement, créant un terrain propice à l’expansion des forces populistes et identitaires. La montée de l’extrême droite n’est pas uniquement une question d’immigration ou d’insécurité, mais bien le symptôme d’un déséquilibre socio-économique, culturel et politique durable.
La seule réponse passe par la reconstruction d’un projet politique fondé sur l’égalité, la solidarité et la justice sociale, capable de redonner aux citoyens, notamment aux classes populaires, confiance et perspectives concrètes.
Nicolas Maxime