Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
L’antisémitisme est un combat important car il ravive des douleurs du passé. Chaque acte visant à attaquer des juifs de France est une atteinte portée à la France. Mais une fois que l’on a dit ça, que fait-on ?
On s’interroge sur cette montée anti juive, mais n’est-elle pas justement une résultante d’une instrumentalisation de l’antisémitisme lui-même ? Si les médias n’avaient pas porté aux nues le conflit israélo-palestinien, si les Nicolas Sarkozy ou Manuel Valls se seraient vraiment occupés des banlieues au lieu de faire du sensationnalisme, si les BHL et les Finkielkraut ne nous avaient pas expliqué que de ne pas aimer les musulmans et donc les arabes, c’est moins grave que de ne pas aimer les juifs, l’antisémitisme serait-il aussi fort ? Probablement que non.
De plus, faut-il céder aux sentiments victimaires de certains de nos concitoyens juifs ? L’esprit victimaire, par lequel une personne (ou un groupe), arguant d'un trouble personnel, non seulement exige une réparation réelle du corps social mais encore soumet à sa prééminence symbolique l'ensemble des mécanismes institutionnels et politiques, est à la fois destructeur de la démocratie, en général, et dangereux pour les victimes elles-mêmes, en particulier. Ce sentiment-là est également présent chez certains musulmans, homosexuels ou féministes.
Non, il ne s’agit pas de banaliser les actes antisémites, islamophobes, homophobes ou misogynes. Mais mettre en avant les identités culturelles, religieuses ou sexuelles n’est pas une façon détournée d’oublier le combat essentiel existant depuis des siècles : la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales ?
En France, au moins 612 personnes sans domicile sont mortes en 2018, selon le Collectif Les Morts de la Rue[1]. Ce chiffre, déjà dramatique, est probablement largement sous-estimé. Va-t-on organiser des marches ? Non. Pourtant il s’agit de la première forme de violence que de laisser des gens mourir de faim et de froid dans la rue.
Si l’on veut vraiment atténuer l’antisémitisme et ne pas faire de blabla pour mieux l’instrumentaliser, il faut réduire les inégalités sociales en commençant par l’éducation en investissant massivement dans des programmes d’éducation civique, en investissant dans la culture mais également dans le travail social et soutenir le boulot formidable des éducateurs spécialisés en banlieue mais surtout réduire les inégalités de destin en améliorant la situation économique et sociale des personnes les plus précaires afin d’éviter qu’elles tombent dans la haine. Mais pour cela, il faut de l’argent et que nos hommes politiques et gouvernements se décident à faire payer les ultra-riches qu’ils soient juifs ou musulmans, blancs ou noirs, issus de la finance et des multinationales.
Nicolas Maxime
[1] Collectif Les Morts de la Rue, En France, en 2018, 612 personnes sans domicile fixe sont mortes, cité par la Fédération des acteurs de la solidarité. Le collectif précise que ce chiffre est probablement sous-estimé, de nombreux décès n’étant jamais recensés.