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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Le modéré, le radical et l’extrémiste

Depuis le début de la crise, les médias présentent Emmanuel Macron et le gouvernement comme des modérés voulant préserver les institutions tandis que les gilets jaunes seraient des extrémistes radicaux dont le seul but est de renverser la démocratie. Au-delà de la caricature grossière, la loi anti casseurs vient de nous démontrer qu’il ne s’agit en réalité que d’une fable, les soi-disant modérés ne l’étant pas forcément et peuvent adopter (dans ce cas) des mesures d’exception que les extrémistes pourraient instaurer afin de préserver leurs intérêts.

Intéressons-nous de plus près aux définitions de modéré, radical et extrémiste. Un modéré au sens propre du terme est un individu « qui fait preuve de mesure, qui se tient éloigné de tout excès »[1]. Au niveau politique, il « professe des opinions politiques éloignées des extrêmes et conservatrices ou modérément réformistes »[2]. Quant au radical, il « vise à agir sur la cause profonde de ce que l'on veut modifier ».[3] Politiquement, cela se traduit par une « attitude qui refuse tout compromis en allant jusqu’au bout de la logique de ses convictions »[4]. L’extrémiste est « partisan d'une doctrine poussée jusqu'à ses limites, ses conséquences extrêmes ; personne qui a des opinions extrêmes »[5]. Une personne adoptant un point de vue extrémiste est persuadée de détenir « la vérité ». Elle considère a priori comme faux ce qui ne va pas dans son sens, sans fournir de preuve ou de raisonnement construit.

1793, la République française naissante voit s’affronter à l’Assemblée Nationale les Girondins, considérés comme modérés, favorables à la démocratie représentative et les Montagnards, plus radicaux, s’appuient sur les sans culottes et souhaitent instaurer une forme de démocratie directe. Les Girondins tomberont et seront guillotinés laissant place à la Terreur.

Les Montagnards, au nom du salut public et de la défense de la Révolution, instaureront alors un régime d’exception où la suspension des libertés individuelles devient non seulement tolérée, mais légitimée. La Terreur marque ainsi un basculement : ceux qui se réclamaient d’un projet d’émancipation populaire en viennent à employer des méthodes autoritaires, justifiées par l’urgence et la nécessité. L’ennemi n’est plus seulement extérieur, il est intérieur, diffus, omniprésent, et sa simple suspicion suffit à entraîner la condamnation.

Ce détour historique permet de mettre en lumière un mécanisme récurrent : la porosité entre modération affichée et radicalité effective. En effet, ce ne sont pas uniquement les groupes explicitement radicaux ou extrémistes qui peuvent recourir à des mesures d’exception. L’histoire montre que des acteurs se réclamant du compromis, de l’équilibre ou de la stabilité peuvent, dans certaines circonstances, adopter des dispositifs coercitifs au nom de la préservation de l’ordre établi.

Ainsi, la distinction entre modéré, radical et extrémiste ne saurait être figée ni purement déclarative. Elle doit être analysée à l’aune des actes et des politiques concrètes mises en œuvre. Un pouvoir qui restreint les libertés publiques, renforce les dispositifs de surveillance ou limite le droit de manifester, même s’il se réclame du centre ou de la modération, s’inscrit de fait dans une logique de durcissement.

À l’inverse, qualifier un mouvement social de radical ne suffit pas à le disqualifier sur le plan démocratique. Si l’on reprend la définition même du radicalisme, celui-ci vise à s’attaquer aux causes profondes des dysfonctionnements. En ce sens, une revendication radicale peut parfaitement s’inscrire dans un cadre démocratique, dès lors qu’elle repose sur une argumentation construite et qu’elle s’exprime par des moyens légitimes.

Le véritable enjeu réside donc moins dans les étiquettes que dans les pratiques. Qui décide des limites du débat ? Qui définit ce qui est acceptable ou non ? Et surtout, au nom de quoi certaines mesures d’exception deviennent-elles tolérables lorsqu’elles émanent du pouvoir en place, mais inacceptables lorsqu’elles sont revendiquées par ses opposants ?

En définitive, la rhétorique opposant des gouvernants « modérés » à des contestataires « extrémistes » relève souvent d’une simplification qui masque des rapports de force plus complexes. Elle tend à légitimer l’ordre existant en disqualifiant toute remise en cause profonde, tout en invisibilisant les formes de radicalité qui peuvent s’exprimer au sommet de l’État lui-même.

Dès lors, une analyse rigoureuse impose de dépasser ces catégories figées pour interroger concrètement les politiques menées, leurs effets sur les libertés publiques et leur inscription dans un cadre démocratique. Car ce n’est pas tant ce que les acteurs politiques disent être qui importe, mais ce qu’ils font réellement.

 

Nicolas Maxime


[1] Larousse, Dictionnaire de français, entrées « modéré », « radical » et « extrémiste », consultées en ligne.

[2] Ibidem

[3] Ibidem

[4] Ibidem

[5] Ibidem

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