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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Le message du Christ comme éthique du bien commun

Avant-propos : en ce dimanche de Pentecôte, je tiens à préciser qu’il ne s’agit en aucun cas d’imposer la foi chrétienne à d’autres mais de réfléchir à ce que peut produire, au-delà même de la croyance, le message du Christ comme éthique du bien commun, car si le christianisme fait son retour parmi les identitaires, le message évangélique basé sur la justice, la dignité et le partage peut résonner bien au-delà du seul cercle des croyants.

Aujourd’hui, certains à droite, comme Éric Zemmour, prônent un retour de « l’Église sans le Christ », c’est-à-dire l’institution sous sa forme identitaire et traditionnelle, quitte à ce que la foi en soit totalement absente. Ce serait un contenant sans le contenu. On le retrouve à travers le projet du milliardaire Pierre-Édouard Stérin de recréer une institution religieuse régissant la vie civile et imposant un ordre moral.

Mais à l'inverse, la véritable clé pour tous ceux qui défendent le commun ne serait-elle pas plutôt le retour du « Christ sans l’Église » ?

Une expérience similaire a déjà existé en Amérique du Sud avec la Théologie de la libération qui a émergé dans les années 60-70. Ce courant de pensée, devenu un mouvement de masse populaire, fut porté par des prêtres catholiques comme Gustavo Gutiérrez et Dom Hélder Câmara à partir d'une grille de lecture marxiste. Là où l'Église en tant que structure dominante prônait la résignation ou une charité palliative, la Théologie de la Libération a mis en avant le combat pour les pauvres et les opprimés avec le constat suivant : la misère n'est pas une fatalité naturelle, mais le produit de violences institutionnalisées et de choix politiques.

« Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, vous qui êtes bénis par mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la création du monde ! En effet, j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger et vous m'avez accueilli ; j'étais nu et vous m'avez habillé ; j'étais malade et vous m'avez rendu visite ; j'étais en prison et vous êtes venus vers moi.’ Les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand t'avons-nous vu affamé et t'avons-nous donné à manger, ou assoiffé et t'avons-nous donné à boire ? Quand t'avons-nous vu étranger et t'avons-nous accueilli, ou nu et t'avons-nous habillé ? Quand t'avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous allés vers toi ?’ Et le roi leur répondra : ‘Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait cela à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »[1]

Lorsqu'on s'intéresse à ce verset des Évangiles, on comprend que le Christ a d'abord le souci de ceux qui sont dans le besoin, des humiliés, des exclus et des oubliés. C'est cette puissance éthique et anthropologique du message d'origine — cette exigence absolue de fraternité, le souci du faible et la responsabilité envers autrui — qu'il faudrait mettre en avant comme éthique du bien commun. Car ce sont précisément ces principes qui ont irrigué nos idéaux démocratiques.

Il n'y a pas besoin d’être croyant pour se reconnaître dans le message du Christ : sa force en tant qu’éthique du bien commun peut toucher tout le monde, chrétiens, croyants d’autres religions comme athées. Et c’est précisément ce qu’il manque aujourd’hui pour lutter contre le nihilisme dû à la postmodernité néolibérale qui réduit tout à une valeur marchande. De plus, il entre en parfaite adéquation avec la « décence commune » décrite par George Orwell[2] : ce sens intuitif de la justice, de la dignité, de la solidarité et de l'honnêteté propre aux classes populaires.

Reste à savoir si une telle éthique, vécue par des individus libres, peut réussir à faire « structure » et à nous rassembler sans la domination d'une institution pour l'imposer.

 

Nicolas Maxime


[1] Matthieu 25, 31-46.

[2] Sur la notion de décence commune. George Orwell, The Lion and the Unicorn, 1941.

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