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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Banlieues : dépasser les fantasmes pour comprendre les réalités sociales

Il y a de nombreuses choses fausses qui circulent sur les réseaux sociaux concernant les banlieues.

1) Le « lumpenprolétariat » est un terme souvent galvaudé, utilisé par certains pour refuser l'appartenance des habitants des banlieues aux classes populaires.

À l'origine, le terme utilisé par Marx et Engels désignait une partie marginalisée du prolétariat, notamment des individus issus des milieux les plus précaires, parfois composés d'anciens voyous et criminels, dont les sentiments étaient considérés comme contre-révolutionnaires[1].

Or, les jeunes de quartier ne peuvent pas être réduits à cette définition. Ils sont plutôt animés par un sentiment de perte de repères et sont aussi les produits d'un système capitaliste néolibéral qui a créé du déclassement, des frustrations et un sentiment d'abandon.

Cependant, certains d'entre eux comme les dealers de drogue pourraient être assimilés au lumpenproletariat mais cela ne doit pas procéder d’une généralisation à l’ensemble des jeunes de banlieue.

2) Nous ne sommes pas dans un processus de « libanisation » de la société, malgré la montée du communautarisme islamiste.

Celui-ci reste trop faible et minoritaire dans les banlieues pour nous amener véritablement vers un processus généralisé de séparatisme. Les discours annonçant une guerre des communautés ou une fragmentation totale de la société reposent souvent davantage sur des fantasmes que sur une analyse sociologique.

En réalité, nous nous dirigeons davantage vers une forme de « brésilianisation » de la société, c'est-à-dire un changement social caractérisé par le déclassement, l'accroissement des disparités socio-économiques et l'apparition d'une grande sous-classe qui souffre du chômage, du sous-emploi et du mal-logement.

Cette situation se développe sur fond de guerre des gangs, d'insécurité permanente et de territoires où certains barons de la drogue contrôlent des zones délaissées par les institutions. Le problème principal n'est donc pas uniquement culturel ou religieux, mais aussi profondément social et économique.

3) Ce n'est pas l'islam qui guide les jeunes émeutiers.

La plupart n'ont pas lu une ligne du Coran et ne sont pas animés par une idéologie religieuse structurée. Certes, il existe chez certains jeunes un processus d'identification qui consiste à affirmer qu'ils sont musulmans, mais cela s'arrête souvent à une appartenance culturelle ou identitaire.

Ces derniers s'inspirent davantage des rappeurs, du cinéma et de la culture populaire que d'autorités religieuses. Leur référence n'est pas l'imam ou un intellectuel dont ils n'ont jamais entendu parler, mais plutôt des figures issues de la culture urbaine comme Tupac Shakur, le rappeur américain assassiné à l'âge de 25 ans en 1996[2].

Pour beaucoup, l'image du « gangster », de la réussite matérielle, du respect obtenu par la force et du refus d'une société qui les rejette est davantage liée à cette culture qu'à une quelconque revendication religieuse.

La plupart de ces jeunes ne cherchent pas à appliquer une idéologie politique ou religieuse : ils veulent surtout exister, être reconnus et échapper à une condition sociale qu'ils perçoivent comme sans avenir.

Réduire les banlieues à l'islamisme, à la délinquance ou à une menace pour la République empêche de comprendre les véritables mécanismes à l'œuvre. Derrière les émeutes, les violences ou les trafics, il y a aussi des réalités sociales : la pauvreté, le déclassement, l'abandon de certains territoires et le sentiment d'une partie de la jeunesse de ne plus avoir sa place dans la société.

Comprendre ces phénomènes ne signifie pas excuser les violences ou nier les problèmes de sécurité. Cela signifie simplement refuser les explications simplistes et accepter de regarder une réalité beaucoup plus complexe.

 

Nicolas Maxime


[1] Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1852 ; Karl Marx et Friedrich Engels, La Lutte des classes en France (1848-1850), 1850.

[2] Catherine Carr, Tupac Shakur: The Life and Times of an American Icon, 2006, pour une biographie de référence sur son parcours et son influence.

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