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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Croire en quoi ?

À droite, on pense qu'on assiste à une crise identitaire. L'immigration serait le principal responsable d'un véritable changement anthropologique, certains — les plus à droite — allant même jusqu’à évoquer un grand remplacement à la fois ethnique et culturel des Français par des populations venues du Maghreb ou d'Afrique. Bien évidemment, cette vision relève majoritairement d'une théorie fantasmagorique qui ne résiste pas à l'examen des faits. Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'existe aucune crise de l'identité. L'affaiblissement de l'identité française, l’essor de la mondialisation culturelle, la montée du communautarisme et de l'insécurité culturelle ont créé un vide existentiel et un sentiment de dépossession chez nombre de nos concitoyens.

À gauche, la crise est principalement analysée comme une crise sociale : manque de moyens budgétaires dans les services publics, inégalités socio-économiques importantes, précarisation des conditions de vie. Bien que ce soit majoritairement exact, on pourrait augmenter considérablement les moyens que cela ne changerait rien si l'on refuse de voir que le lien social ne se réduit pas à une redistribution budgétaire, et que l'argent public ne va pas recréer par magie le civisme, le sentiment d'appartenance ou d’intégration à une nation.

Or il faut comprendre qu'on assiste surtout à une crise du sens et des valeurs. Lorsque toutes les médiations collectives et les grandes croyances se sont effondrées, laissant l'individu seul face au vide ; lorsque les repères partagés qui fondaient notre civilisation occidentale et notre République ont été progressivement dissous par le relativisme culturel et le néolibéralisme, transformant les citoyens en consommateurs dont les seules valeurs deviennent désormais la performance, la compétitivité et la rentabilité ; une seule question subsiste : en quoi pouvons-nous encore croire en COMMUN ?

C'est ici que se révèle l'impasse politique actuelle, laissant la gauche et la droite en pleine contradiction. La droite affirme défendre l'identité tout en soutenant un modèle économique qui détruit toute forme d'appartenance nationale : marchandisation généralisée, mondialisation des échanges, consumérisme et hyper-concurrence fragilisent précisément le modèle culturel et les traditions qu'elle prétend protéger. Suffit d’observer les identitaires enthousiastes devant un président libertarien brandissant sa « tronçonneuse à la main » pour saisir leur niveau d’incohérence idéologique. Et à gauche, on vante le bien commun, la solidarité et le renforcement des services publics mais celle-ci accompagne un libéralisme culturel qui tend à faire primer l'autonomie individuelle, au risque d'affaiblir les normes collectives qui rendent possible la vie en société comme l’euthanasie qui pousse la logique du marché jusqu’au choix de sa propre mort.

Dans les deux cas, on observe l’émergence d’un individualisme radical, où l’individu tend à devenir la mesure ultime de toute chose. On oublie ici l'origine même du mot « COMMUN », issu du latin communis, où le préfixe cum (ensemble) se lie à munus (la charge, le devoir, l'obligation réciproque)[1] : il ne peut y avoir de nation, ni de bien commun sans l'acceptation de devoirs mutuels qui nous dépassent. Le nihilisme s'installe alors non parce que les Français auraient cessé de croire en quelque chose, mais parce qu'ils ne savent plus ce qu'ils peuvent croire en COMMUN. Or, pour sortir du nihilisme et retrouver la possibilité même du COMMUN, nous devons croire. Mais croire en quoi ?

 

Nicolas Maxime


[1] Émile Benveniste, Le Vocabulaire des institutions indo-européennes, Les Éditions de Minuit, 1969. Benveniste montre que munus renvoie moins au « don » qu'à une charge, une obligation ou un devoir réciproque, et que communis désigne ceux qui partagent cette obligation.

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