Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Le débat économique ne peut pas être analysé uniquement à travers la production de biens et de services. La concurrence entre les pays ne concerne pas seulement leur capacité industrielle, mais également leurs devises et la place qu’elles occupent sur les marchés internationaux.
On ne peut pas raisonner uniquement en termes de production de biens et services sans prendre en compte la question des monnaies. L’Allemagne a complètement bénéficié de l’euro car cette devise était faible par rapport à son ancienne monnaie, le Deutschemark. Cela a favorisé ses exportations envers les autres marchés extérieurs.
Conjuguée à une réforme du marché du travail qui a consisté en une stagnation, voire une baisse des salaires, avec une majorité de sous-emploi (chômage déguisé), cette situation a permis à l’Allemagne de mettre en place une politique de dévaluation interne qui a entraîné l’ensemble de la zone euro vers la déflation.
Pour les pays du Sud, qui avaient déjà du mal à accrocher le wagon, la déflation signifiait une hausse significative de leurs dettes. Lorsque les prix et les revenus diminuent, le poids réel de la dette augmente mécaniquement.
Face à cette situation, l’Allemagne et ses partenaires avaient plusieurs choix.
Le premier était la dévaluation de l’euro. Mais cette politique aurait, à terme, favorisé le dollar et amené une inflation.
Le deuxième choix était l’austérité, ce qui signifie la hausse des impôts et/ou la baisse des dépenses. Mais en période de déflation, cette politique comprime encore plus la demande intérieure et amène systématiquement à davantage d’endettement sans reprise économique.
Le troisième choix était la mutualisation des dettes et la fin du spread, c’est-à-dire la différence entre les taux auxquels empruntent les différents États de l’Union européenne.
Le dernier choix était de sortir la planche à billets, soit pour racheter des obligations d’État, soit pour alimenter directement le budget des États. Cette solution est refusée catégoriquement par l’Allemagne à cause du souvenir de la République de Weimar en 1923.
L’Allemagne a choisi l’austérité et la planche à billets de la Banque centrale européenne afin de racheter des obligations d’État et de relancer le crédit.
Le premier choix a créé les conditions sociales du populisme, notamment en Italie. Le second n’a pas résolu le problème de la déflation, même si certains prix ont légèrement augmenté, et n’a pas réglé le problème de la dette. L’exemple de l’Allemagne montre que la concurrence entre les pays ne concerne pas uniquement la production de biens et de services mais également les devises. Cette logique se retrouve aujourd’hui à l’échelle mondiale avec la concurrence entre le dollar et le yuan.
La Chine ne pourra pas s’imposer comme première puissance mondiale tant que sa devise est le yuan et que celle des États-Unis est le dollar. La monnaie chinoise n’est pas totalement convertible. Le renminbi onshore reste soumis à des contrôles de capitaux et à un régime de change administré par la Banque populaire de Chine. Sur le marché des changes, les investisseurs préfèrent largement le dollar au yuan. Que la Chine produise une part très importante du PIB mondial n’y change rien. Une monnaie ne devient pas une monnaie dominante uniquement grâce à la production de biens et services.
La puissance économique repose donc aussi sur la confiance dans une devise, sa convertibilité et son rôle international. Tant que le dollar restera la principale monnaie de réserve mondiale, la Chine devra encore franchir cet obstacle monétaire pour réellement contester la domination américaine.
Nicolas Maxime