Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
On observe un nouveau phénomène sur les réseaux sociaux. Des « boomers »[1], postent des photos de classes des années 50 pour rappeler que c'était une période merveilleuse où les enfants et adolescents respectaient leurs professeurs, portaient une blouse et savaient tous écrire et lire correctement. Ils déclarent également que la génération de jeunes actuelle est hyper narcissique, ne s'intéresse qu'à des futilités comme les réseaux sociaux et la télé-réalité, est en permanence H24 collée à son smartphone. Bref, leur génération était meilleure que la suivante qui elle-même est meilleure que la suivante qui elle-même est meilleure que celle à venir et ainsi de suite.
Pour que cela fonctionne, il faudrait que les jeunes lâchent leurs portables, chantent la Marseillaise avant d'entrer à l'école et portent un uniforme. Beaucoup pensent que l'uniforme scolaire pourrait être une solution pour éviter que les jeunes viennent avec des signes religieux ostentatoires ou avec des vêtements de marques. Comme si cela allait résoudre les inégalités sociales criantes au sein des établissements scolaires, comme si on aurait désormais plus de moyens matériels et humains dans les écoles, collèges et lycées, comme si enfin on misait sur l'éducation des jeunes.
Si l'on veut inventer un nouveau néologisme, on pourrait dire que s'est développée une « juvénophobie », soit une véritable aversion à l'encontre des jeunes. Il faut déjà arrêter de croire que cette génération était la mieux éduquée et la mieux instruite car cela est totalement faux. La part de bacheliers n'a cessé d'évoluer de génération en génération, passant de 5 % en 1950 à 20 % en 1970 puis à 80 % en 2022 (il y a eu un record de 88 % en 2019, la baisse pouvant être imputable aux différentes réformes du bac ainsi qu'à la crise Covid)[2].
Les professeurs étaient probablement plus respectés, mais à quel prix ? Certains oublient vite de faire mention des châtiments corporels comme la règle sur les doigts de la main, les oreilles tirées ou des humiliations comme le bonnet d'âne. Certains confondent autorité et autoritarisme. Il est vrai que certains professeurs ne sont plus respectés quand ils ne sont pas insultés ou frappés.
Mais il ne faut pas transformer une époque passée en âge d'or imaginaire. Chaque génération possède ses qualités, ses défauts, ses difficultés et ses défis. Les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas moins capables ou moins intéressés que ceux d'hier : ils évoluent simplement dans un monde différent, avec d'autres outils, d'autres contraintes et d'autres problèmes à affronter.
Plutôt que de chercher des responsables dans une jeunesse qui ne correspond plus aux modèles du passé, il serait peut-être temps de s'interroger sur ce qui lui est réellement transmis. L'éducation, le respect, la curiosité et l'esprit critique ne se construisent pas avec des uniformes ou des symboles imposés, mais avec des moyens, de l'accompagnement et une véritable confiance envers les nouvelles générations.
Car une société qui passe son temps à mépriser sa jeunesse finit toujours par oublier qu'elle a été, elle aussi, la jeunesse d'une autre époque.
Nicolas Maxime
[1] Le boomer est une expression désignant une personne née en Occident pendant la période du baby-boom, entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le milieu des années 1960. Cette expression est souvent péjorative car elle désigne une personne âgée ayant profité d’une période de stabilité politique et de croissance économique.
[2] Ministère de l’Éducation nationale, DEPP, L’Éducation nationale en chiffres 2023, « Le baccalauréat : proportion de bacheliers dans une génération » : 5,1 % en 1950, 20,1 % en 1970, 79,2 % en 2022.