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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Ce que révèle cette admiration de la droite française pour Javier Milei

Pourquoi cette admiration sans faille des Knafo, Lisnard, Ciotti et Cie pour Javier Milei, le président argentin ?

​Déjà, il faut comprendre les mutations de la droite depuis les années 80. Depuis le tournant thatchérien, la droite a abandonné l'héritage gaulliste pour le néolibéralisme. Fini la planification, l'intervention étatique, et la solidarité qui faisait partie de la politique du Général.

​Aujourd'hui, leur fantasme est de rompre avec ce qu'ils considèrent comme étant un « État nounou » qui spolie les contribuables et subventionne les assistés. Pour eux, Javier Milei incarne un véritable fantasme de rupture radicale avec ce modèle social français. Son célèbre slogan « Afuera ! » — et la méthode radicale de la tronçonneuse pour trancher dans les ministères, les subventions et les postes de fonctionnaires — séduit cette droite convertie à la nouvelle religion des marchés financiers.

​Sur le plan économique, si celui-ci a réussi à enrayer l'inflation passée de plus de 200 % à environ 25 %[1], il ne faut pas oublier que la pertinence d'une telle méthode dépend totalement du contexte macroéconomique. Selon la Théorie Monétaire Moderne (MMT)[2], lorsqu'il y a une surchauffe inflationniste, il faut diminuer la demande globale, c'est-à-dire augmenter les impôts ou baisser massivement les dépenses publiques pour détruire de la monnaie en circulation.

​Mais l'application d'une telle politique en France — où l'inflation est désormais faible et maîtrisée — entraînerait des conséquences catastrophiques en provoquant une déflation brutale, un effondrement de la consommation et un chômage de masse.

​À cela, il faut ajouter le manque structurel d'investissements que provoque une telle austérité. C'est précisément pour cela que le président argentin interpelle d'autres États en quête de nouveaux capitaux pour tenter de relancer l'économie de son pays — d'où l'annonce d'un projet d'investissement de 10 milliards de dollars par Total Énergies lors de sa récente visite à Paris[3].

​De plus, sur le plan social, ce « miracle » s'accompagne d'un coût humain considérable. Au premier semestre, la pauvreté a franchi la barre des 32 % de la population[4]. Même si la hausse des prix ralentit, les revenus perdent du terrain face à des tarifs qui restent élevés, ce qui détériore le pouvoir d'achat des retraités, des fonctionnaires, des classes moyennes et fragilise le tissu économique.

​Pour ses admirateurs français, ces dégâts sociaux sont considérés comme une étape doloriste mais « inévitable » pour purger des décennies de social-étatisme.

​Évidemment, la tronçonneuse de Milei ne sera pas une réponse aux problèmes des Français, mis à part pour quelques traders, investisseurs et rentiers de la finance. Ce que révèle cette admiration de la droite pour Javier Milei, c'est le symptôme d'une droite nationale des marchés qui a fait du recul de l'État social et de la fin de la solidarité nationale sa seule et unique orientation.

 

Nicolas Maxime


[1] La Montagne, Une inflation en chute libre mais 32 % des Argentins sous le seuil de pauvreté, le bilan contrasté du tronçonneur Javier Milei en mission à Paris, 1er octobre 2026.

[2] Robert Cauneau, Présentation de la Monnaie Moderne – MMT, MMT France, 16 février 2019, https://mmt-france.org/2019/02/16/presentation-de-la-monnaie-moderne-mmt/.

[3] Euronews, Javier Milei en France : TotalEnergies annonce un investissement de 10 milliards de dollars en Argentine, 2 octobre 2026.

[4] La Montagne, Une inflation en chute libre mais 32 % des Argentins sous le seuil de pauvreté, le bilan contrasté du tronçonneur Javier Milei en mission à Paris, 1er octobre 2026.

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