Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Qu'est-ce qui explique l'engouement médiatique et la ferveur populaire autour de la venue du pape Léon XIV en France ? Il y a évidemment, entre autres raisons, l'opposition à Trump et son offensive néoconservatrice en Iran, mais aussi les hausses des conversions récentes.
Mais il faut également se rendre compte des conséquences de l'effondrement du christianisme en France. Considérée comme la fille aînée de l'Église, la déchristianisation commencée sous la Révolution s'est achevée au cours du dernier demi-siècle. Le passage à ce stade zéro de la religion a laissé un vide spirituel considérable en exposant directement l'individu au nihilisme et à la perte de sens. Ce vide a favorisé l'émergence d'une nouvelle croyance païenne : celle du Capital et du marché qui se sont imposés désormais comme les nouvelles idoles. Aujourd'hui, de nombreuses personnes ressentent le besoin de retrouver une éthique face à cette marchandisation du monde.
Mais cet engouement pour l'Église traduit surtout une profonde suspicion envers l'État et ses carences actuelles. On a eu l'impression que le pape semblait mieux comprendre les problématiques actuelles que le président lui-même. Lors de son discours[1], Léon XIV a évoqué les enjeux majeurs de notre époque, en mettant en garde contre le risque d'un « paradis des machines » et en appelant à une éthique forte par rapport à l'intelligence artificielle. Il a défendu une laïcité juste, d'ouverture et d'apaisement, au lieu de bannir la religion de l'espace public. Enfin, en rejetant la doctrine de la sécurité par la menace nucléaire, il s'est affirmé en faveur d'une paix mondiale sans armes de destruction massive. À contrario du chef de l'État, le discours du pape rappelle la nécessité d'une justice sociale concrète.
Nous devons beaucoup de choses à l'héritage chrétien, même si cela ne doit pas non plus nous aveugler sur tous les crimes commis au nom de la religion, ainsi que les dérives comme la pédocriminalité de certains prêtres et la culture du silence organisée au sein de l'Église pour couvrir ces actes.
On ne ressuscitera pas le christianisme en tant qu'institution politique ou morale. En revanche, on peut s'inspirer de tout ce qui a été apporté de positif par le christianisme pour refonder un socle commun de valeurs et réapprendre à croire en l'humanité. C'est ce que révèle la venue du pape Léon XIV.
Nicolas Maxime