Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Pour une autogestion générale

L’ouvrage de Guillaume Étiévant, Autogestion générale, fait partie de ces ouvrages indispensables pour mieux appréhender la socialisation des entreprises face aux impasses du capitalisme financier. En s’appuyant sur des propositions concrètes, l’auteur défend une réappropriation progressive du travail par les salariés et pose les bases d’une véritable autogestion.

Après avoir évoqué les expériences autogestionnaires dans le cadre national et international et les pistes actuelles pour repenser la propriété d'entreprise, Guillaume Étiévant critique l’illusion d'une autogestion naïve. L'absence de hiérarchie formelle ne fait pas disparaître le pouvoir car elle peut au contraire dissimuler des rapports de domination et de l’épuisement professionnel. Pour mettre fin à ces déviances, l'auteur soutient fermement que le droit du travail doit continuer de s'appliquer pleinement, sans dérogation au nom d'une prétendue « autonomie ». Les syndicats demeurent également indispensables comme contre-pouvoirs indépendants. La démocratie interne doit quant à elle s'incarner dans des dispositifs tels que les mandats courts, la révocabilité permanente, la rotation des fonctions de coordination et le recours au tirage au sort.

L’auteur refuse le grand soir trop utopique et privilégie la possibilité d’une socialisation progressive. Pour cela, il propose la mise en place de dispositifs inspirés des fonds Meidner suédois, visant à transférer petit à petit des parts de capital aux fonds collectifs des salariés, afin de déposséder la caste actionnariale sans déstabiliser l'outil productif. Pour garantir la viabilité de ces structures, l'ouvrage préconise la création d'un pôle bancaire public et d'une caisse de solidarité interentreprises, alimentée par des cotisations obligatoires, capable de mutualiser les risques et d'offrir des financements à long terme hors des marchés financiers.

Toutefois, une telle transformation d'entreprise ne pourra se réaliser sans la mobilisation d'outils de protection économique et le retour à la souveraineté nationale. Ainsi, Guillaume Étiévant plaide pour la fin des dérives fiscales grâce à une taxation unitaire des multinationales et des audits indépendants sur les prix de transfert. Il prône la restauration d'un protectionnisme ciblé pour empêcher le dumping social et écologique venant de l'étranger. L'auteur pointe à ce titre l'incompatibilité radicale d'un tel programme avec les traités de l'Union européenne, notamment l'article 63 du TFUE garantissant la libre circulation des capitaux. La rupture avec le cadre européen actuel en constitue le préalable politique indispensable.

Enfin, l'ouvrage souhaite rompre avec l'obsession de la croissance et l'illusion du « découplage » écologique. La planification économique doit s'organiser autour de la satisfaction des besoins réels, délibérés démocratiquement à toutes les échelles (du bassin de vie local à la nation). Pour diriger cette économie de manière transparente, l'auteur suggère la mise en œuvre de « cybersoviets » — des plateformes numériques participatives rendant visibles les flux, l'impact environnemental et les ressources disponibles — et l'institution d'une chambre représentative souveraine issue d'États généraux du travail, chargée de fixer les règles du jeu social et productif.

Si la gauche veut parvenir à convaincre les classes populaires, elle doit retrouver le chemin de la souveraineté collective et replacer la réappropriation du travail par l'autogestion au lieu de se cantonner à la taxation des riches. C'est en réapprenant à décider de leur production que les travailleurs sortiront de la résignation et retrouveront la capacité de gouverner la société tout entière.

► Guillaume Étiévant, Autogestion générale. Sortir du capitalisme : méthode, Les liens qui libèrent, 2026.

Voir article revue Royaliste N°1329

Voir article revue Royaliste N°1329

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article