Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Depuis plus d'une trentaine d'années, on assiste à une dégradation constante des conditions d'études et de vie des lycéens, ainsi qu'à un abandon progressif des missions de l'instruction publique. À la suite de ce délabrement continu, les lycéens organisent aujourd'hui des blocus pour tenter de se faire entendre. Quiconque avait 18 ans en 1998 se rappelle du mouvement massif des lycéens contre Claude Allègre, qui contestait déjà les réformes et la baisse des moyens accordés aux établissements[1]. 28 ans plus tard, la situation s'est tellement dégradée que certains établissements sont insalubres, les classes sont surchargées et les postes d'enseignants restent vacants pendant plusieurs mois sans remplaçants. Et l'on n'évoque pas toutes les réformes successives plus ineptes les unes que les autres qui ont eu pour effets de morceler les parcours et de démanteler le baccalauréat. Rien que le désastre de Parcoursup suffit à démontrer l'inanité de ces politiques « éducatives ».
Ainsi, des jeunes sont sortis dans la rue, ont décidé de faire grève, de bloquer leurs lycées pour exiger simplement le droit d'étudier dignement. Les revendications du mouvement actuel sont légitimes et doivent être entendues avec la plus grande attention. Mais ce pouvoir insensible aux réalités du terrain comme il l'a déjà été avec les Gilets jaunes, les agriculteurs, les soignants, les pompiers ne sait répondre que par la répression policière. On voit déjà les images de cet usage démesuré de la force par certains policiers devant les établissements, la mise en garde à vue de mineurs et les tirs de sommation à coups de gaz lacrymogène.
Tandis que les destructions et les violences commises en marge du mouvement lycéen relèvent d'un lumpenprolétariat qui s'infiltre juste pour tout casser et décrédibilise ainsi la légitimité de ce mouvement. Ce nihilisme arrange trop bien le pouvoir car il lui sert de prétexte pour criminaliser l'ensemble de ces jeunes au lieu de trouver des réponses à leur malaise.
Car au fond, la colère de ces lycéens n'est que le symptôme d'un mal plus profond : la lucidité d'une jeunesse venue acter l'effondrement définitif à venir. À quoi bon étudier si demain l'avenir ne promet que dérèglement climatique, automatisation par l'IA de pans entiers de leurs futures professions et chute brutale du niveau de vie ? À cela, l'État, soumis à ses donneurs d'ordre que sont les multinationales et les marchés financiers, n'a aucune solution à proposer, si ce n'est la gestion sécuritaire de cet effondrement.
NO FUTURE.
Nicolas Maxime
[1] Le Monde, Confortés par son ampleur, les lycéens tentent de structurer leur mouvement, 15 octobre 1998.