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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Trente ans après sa mort : Tupac Shakur, l’icône d’une jeunesse en quête d’identité

Il y a trente ans, le 13 septembre 1996, décédait Tupac Shakur des suites de ses blessures, six jours après avoir été cible d'un drive-by shooting lorsqu’il était de passage à Las Vegas. Une fin tragique à seulement 25 ans, au sommet de sa gloire et dans un contexte marqué par la rivalité entre les scènes hip-hop de la East Coast et de la West Coast.

Tupac Shakur était un artiste qui a éveillé les consciences au-delà des quartiers noirs américains. Rappeur, acteur, poète et personnalité politique malgré lui, ses textes ont évoqué la pauvreté, le racisme, les violences policières, les inégalités sociales, la condition des femmes et les difficultés rencontrées par une partie de la jeunesse afro-américaine.

Se revendiquant d’un mode de vie Thug Life, concept qu'il résumait par la formule « The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody » pour dénoncer la haine systémique produite par la société, il incarnait cette tension entre violence de la rue et réflexion politique. La personnalité de Tupac était complexe car il pouvait également se montrer provocateur, contradictoire et parfois violent, tout en étant empathique, lucide sur les enjeux sociétaux et animé d'un désir viscéral de justice sociale. C'est ce contraste qui rendait ce personnage si fascinant.

On peut se demander s'il avait survécu ce qu'il penserait de Trump, de Black Lives Matter ou de la récupération commerciale des luttes minoritaires. Ses lyrics, toujours prophétiques, auraient sans doute continué de déranger le pouvoir tout en bousculant ses propres partis pris.

Le mystère de sa mort a plané durant des décennies, alimentant les théories les plus loufoques. Il a été entretenu par le fait que Tupac semblait avoir mis en scène sa propre disparition dans ses œuvres. Sa mort a également contribué à construire une figure presque christique : celle d’un jeune homme assassiné à 25 ans, portant les souffrances et les colères de toute une communauté.

Il décrivait déjà son destin funeste pris entre la prison et la tombe dans Heavy in the Game[1] :

"I'm just a young black male, cursed since my birth

Had to turn to crack sales, if worse come to worse

Headed for them packed jails, or maybe it's a hearse"

Cette prémonition se confirmait dans le titre Pain, où il verbalisait cette urgence de vivre sous la menace permanente de sa propre mort[2] :

​"I was born to raise hell, a nigga from the gutta

Word to mother, I'm touched

Out kickin' dust up, ready to bust

I'm on the scene, steady muggin' mean, until they kill me

I'll be livin' this life, I know you feel me; there's so much pain”

Tupac Shakur, que l'on aime ou que l'on déteste le rap, n'est pas seulement l'un des plus grands rappeurs de tous les temps : son influence a fait de lui une référence pour nombre d'artistes, en dehors du rap, et une figure incontournable de la culture populaire américaine. Trente ans après sa mort, Tupac Shakur est devenu un mythe et reste l'icône universelle d'une jeunesse en quête d'identité et de reconnaissance.

 

Nicolas Maxime


[1] 2Pac, Heavy in the Game, avec Richie Rich, dans Me Against the World, Interscope Records/Jive Records, 1995.

[2] 2Pac, Pain, dans Above the Rim: The Soundtrack, Death Row Records/Interscope Records, 1994.

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