Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
La « droite nationale des marchés », la même qui fait la manche auprès des fonds d'investissement qataris et des milliardaires de la Silicon Valley comme Elon Musk, a trouvé sa nouvelle héroïne avec Louise Montangon. Elle est invitée dans tous les médias de droite réactionnaire — de CNews à Europe 1 en passant BFM TV — pour parler de son engagement, de son combat à l'université et dérouler le récit de sa persécution.
Rendez-vous compte, cette résistante du quotidien qui, selon ses propos, a dû renoncer aux cours en présentiel après avoir été menacée et intimidée par des centaines de militants d'extrême gauche. Cette Louise valeureuse, érigée en Jeanne d'Arc des plateaux télé, venue pourfendre les méchants gauchistes devant les caméras.
Il s'agit, en fait, d'un récit basé sur le nationalisme zombie. De la même manière qu'Emmanuel Todd décrivait le catholicisme zombie[1] — ce stade où la foi s’est amoindrie au sein de la population, mais où subsistent les rites, la culture et les valeurs morales — le nationalisme d'aujourd'hui n'est plus qu'une coquille vide : il ne reste plus que des symboles. Car on a beau porter un béret et manger du cochon pendant les Canons français, chanter la Marseillaise lors grands événements ou représenter des pseudo-figures de résistance, comme Louise en Jeanne d'Arc, cela ne va pas redonner vie à ce qui n'est plus. On ne peut que dresser le constat de la mort de la Nation française en tant que telle à l'heure de la mondialisation économique et culturelle.
Comme cette droite a acté la fin de la souveraineté nationale (respect des traités européens, soumission aux marchés financiers et aux grandes entreprises), il ne lui reste plus que la guerre culturelle, l'obsession identitaire et la fabrication de héros en carton-pâte. C'est ce que ne veulent pas comprendre les gens de droite qui se raccrochent désespérément à des postures pour mieux faire oublier leur soumission aux marchés.
C'est ce que révèle l'héroïsation de Louise Montangon : un nationalisme zombie qui n'a plus rien à offrir que le théâtre d'un décor destiné à dissimuler le renoncement total à la souveraineté réelle.
Nicolas Maxime
[1] Emmanuel Todd parle de catholicisme zombie pour désigner la survie d’un héritage culturel catholique dans des régions sécularisées. Voir Emmanuel Todd, Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse, Paris, Seuil, 2015.