Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Avant-propos : Pour faire suite à mon article et répondre à ceux qui m'accusent de faire de la publicité à l'extrême droite, il est nécessaire de comprendre ce qui fabrique de tels phénomènes politiques. Ce n’est pas en fermant les yeux mais en analysant avec lucidité les mécanismes à l'œuvre qu'on arrivera à combattre efficacement leurs idées.
Qu'est ce qui explique le succès médiatique d'une Sarah Knafo ? Quoiqu'on pense d'elle, on ne peut que constater son omniprésence sur Internet et les réseaux sociaux, comme en témoignent les ventes exceptionnelles de son livre Le casse du siècle qui cartonne en librairie. Évidemment, ça ne lui permettra pas à elle seule d'accéder au pouvoir mais cela indique une transformation de la tendance actuelle du débat public.
On peut l'expliquer par trois facteurs majeurs :
La première repose sur un discours producériste radical poussé à l'extrême[1]. Si vous ne pouvez pas vivre correctement de votre travail, c'est que vous devez payer trop d'impôts et de charges pour financer des parasites, à savoir les bénéficiaires des aides sociales, les chômeurs, les associations, les fonctionnaires.... Dans un monde coupé de ses croyances collectives, il est plus aisé de tenir un langage ultra-libéral où l'on entend défendre l'effort individuel qu'un discours social qui prône le bien commun et la redistribution des richesses. D'autant plus que chacun préfère désormais enlever aux plus précaires ou aux étrangers bien que cela puisse s'avérer économiquement défavorable à soi-même.
Le second repose sur une maîtrise parfaite des nouveaux outils de communication façonnés par la société du spectacle chère à Guy Debord[2]. Ici, Sarah Knafo joue de la provocation et de l'excès quitte à tomber dans ce qu'on pourrait appeler l’idiocratisation, c'est à dire l'abaissement du débat politique où la bêtise devient la norme et où le clash remplace l'argumentation. Mais peu importe, on a vu que cela a fonctionné avec Donald Trump devenu le bouffon maître de son public et de son spectacle, peu importent les dérives du moment qu'il gagne les élections.
Et enfin une gauche qui a délaissé la question sociale au profit des combats sociétaux et symboliques. Là où des penseurs comme Bernard Friot défendent la souveraineté des travailleurs et s'attachent à expliquer ce qu'est la Sécurité sociale[3], la gauche actuelle peine à proposer une vision révolutionnaire. Mis à part d'évoquer brièvement le SMIC à 1 700 euros nets et la retraite à 60 ans, la gauche manque singulièrement d'idées neuves[4]. Elle a abandonné le terrain des luttes économiques à la droite et aux néolibéraux.
Ce qui explique le succès médiatique de Sarah Knafo, c'est précisément cet alliage entre un ressentiment social habilement exploité, une théâtralisation adaptée aux nouveaux outils numériques et un vide idéologique laissé vacant par la gauche.
Nicolas Maxime
[1] Michel Feher, Producteurs et parasites : L’imaginaire si désirable du Rassemblement national, La Découverte, 2024.
[2] Guy Debord, La société du spectacle, Éditions Buchet-Chastel, 1967.
[3] Bernard Friot, L’enjeu du salaire, La Dispute, 2012.
[4] La France insoumise, L’Avenir en commun, programme politique, édition actualisée 2025, comprenant plusieurs centaines de mesures (révolution citoyenne, planification écologique, 6ᵉ République, justice sociale).